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Da 5 Bloods : 5 choses à savoir sur le nouveau Spike Lee

Isiah Whitlock Jr., Norm Lewis, Delroy Lindo, Clarke Peters et Jonathan Majors dans "Da 5 Bloods". © Netflix

C'était l'évènement du week-end dernier sur Netflix : l'arrivée du tout nouveau "Spike Lee Joint" sur la plateforme ! Que vous l'ayez déjà vu ou que vous ayez juste eu le temps de l'ajouter à votre liste, SFR Actus vous détaille, sans rien spoiler, promis, 5 choses à savoir sur le film.

#1 Quand Da 5 Bloods devait être projeté à Cannes

Habitué de la Croisette, depuis qu'il y a présenté son tout premier film Nola Darling n'en fait qu'à sa tête, puis son cultissime Do The Right Thing et plusieurs autres de ses "joints", jusqu'à BlacKkKlansman qui lui a valu (enfin) le Grand Prix en 2018, Spike Lee aurait dû faire l'évènement au festival cette année en tant que président du jury. Et son film, Da 5 Bloods, "aurait dû marquer le retour de Netflix sur le tapis rouge" d'après les propres mots de Thierry Frémeaux, puisqu'il devait y être projeté Hors Compétition.

Mais voilà. Le Coronavirus est passé par-là. Pas de Festival de Cannes cette année. Et si ce n'est que partie remise pour voir Spike Lee à la tête du prestigieux jury, le réalisateur ayant assuré qu'il serait là l'année prochain, c'est finalement directement sur la plateforme de streaming que Da 5 Bloods a été dévoilé le 12 juin dernier. Autant dire que le film n'est toutefois pas passé inaperçu, tombé tristement à pic quelque deux semaines après la mort de George Floyd, énième victime des violences policières envers les afro-américains qui a réveillé la grogne outre-Atlantique…

#2 Au départ, un projet abandonné

À l'origine, Da 5 Bloods s'appelait The Last Tour et devait être réalisé par Oliver Stone. Il s'agissait en effet de ce que l'on appelle un script spéculatif, soit qui n'a pas été commandé par les studios, écrit en 2013 par le duo Danny Bilson et Paul De Meo (qui a surtout œuvré pour le petit écran). Mais le réalisateur, à qui l'on doit déjà une trilogie de films portant sur la guerre du Vietnam (Platoon, Né un 4 juillet, Entre ciel et terre), s'est finalement retiré du projet en 2016.

Entrent en jeu Spike Lee et son co-scénariste de choc Kevin Willmott, qui, après avoir bouclé BlacKkKlansman, ont alors retravaillé le scénario à leur sauce. "Danny et Paul ont fait un super job, mais leur script parlait de vétérans blancs qui retournaient au Vietnam", dévoile en effet le réalisateur dans un entretien accordé au magazine Vulture. Et son acolyte d'ajouter : "Il y a eu de très bons films sur le Vietnam mais aucun n'a jamais vraiment parlé de ce qu'ont pu ressentir les soldats noirs." Ce qui s'annonçait comme un énième film sur le conflit, certes le plus marquant (et le plus sinistre) de l'histoire des États-Unis, a donc finalement pris une toute nouvelle perspective. Ainsi est né Da 5 Bloods, un titre digne de la lignée des fameux "Spike Lee Joints".

#3 Un mélange de docu-fiction

Le cinéma de Spike Lee est un cinéma engagé. Il l'a toujours été — et c'est d'ailleurs terrible de voir que, plus de 30 ans après, Do The Right Thing est toujours d'actualité… Mais d'une certaine manière, il le paraît d'autant plus ces dernières années, alors que le réalisateur mêle désormais allègrement la fiction à la réalité. Dans BlacKkKlansman, film à première vue historique sur le Ku Klux Klan, il a mis en lumière la résurgence du suprémacisme blanc aux États-Unis en terminant son film sur les violentes images des manifestations de Charlottesville en 2017. Et dans Da 5 Bloods, voilà qu'il déterre moult archives pour lever le voile, enfin, sur le lourd tribut payé par la communauté noire américaine pendant la guerre.

Non seulement celle du Vietnam d'ailleurs, quoique particulièrement résonnante alors que les Afros-américains avaient leur propre combat à mener outre-Atlantique, comme le rappelleront les clips historiques de Martin Luther King ou Malcom X dans le film, mais toutes celles dans lesquelles les États-Unis se sont engagées. "On meurt pour ce pays depuis le début", lâche ainsi le défunt héros de Da 5 Bloods. Des propos qui ressortent directement de la bouche de Spike Lee dans une "Masterklass" d'exception donnée par visioconférence aux élèves de Kourtrajmé :

"Je ne sais pas si vous le savez, mais la première personne à mourir pour ce pays lors d'une guerre — je parle de la Révolution entre les Colons et les Anglais — était noire. Son nom, c'est Crispus Attucks. C'était pendant le Massacre de Boston. Donc depuis le début (…) nous mourrons pour ce p***** de pays."

#4 Marvin Gaye, la bande son d'une génération sacrifiée

Alors que la bande annonce donne le ton, au rythme du fameux Time Has Comme Today des Chambers Brothers, Da 5 Bloods commence et se termine sur la voix de Marvin Gaye. L'illustre chanteur américain domine même la bande originale — à raison de six titres placés tout au long du film, dont un entièrement a capella — alors que quelques autres grands noms de l'époque s'immiscent tout de même ici et là (The Spinners, Curtis Mayfield…).

Dans sa "Masterklass", animée par JR et Ladj Ly pour les élèves de Kourtrajmé, Spike Lee évoque en effet pourquoi son choix s'est naturellement porté sur ce monument de la soul américaine. Et plus précisément sur son album What's Going On, puisque sur les six titres précités, pas moins de cinq sont tirés de cet opus sorti en 1971. Pendant la guerre du Vietnam, donc. "Beaucoup de ces chansons sont un témoignage de cette époque pour dénoncer cette guerre inhumaine", souligne ainsi le réalisateur.

#5 Deux Français qui ne figurent pas au casting par hasard

C'est la petite surprise, pour les téléspectateurs de l'Hexagone en tout cas, de Da 5 Bloods. Aux côtés des héros, menés notamment par le brillant Delroy Lindo (The Good Fight) et un certain Chadwick Boseman (coucou, les fans de Black Panther), surgissent à l'écran deux noms bien connu du cinéma français : Jean Reno et Mélanie Thierry. Le premier joue un homme d'affaires pas franchement intègre, la deuxième se glisse dans la peau d'une responsable humanitaire qui cherche à s'assouvir des péchés colonialistes de sa famille. Deux personnages qui ne figurent pas dans le film par hasard, au contraire.

C'est que Spike Lee, outre son penchant pour notre pays, connaît bien son passé aussi. Dans une interview parue dans L'Obs le 7 juin dernier, le cinéaste américain a ainsi affirmé qu'il "tenait beaucoup" à avoir ces personnages français dans Da 5 Bloods, "car je voulais rappeler que la France a joué un rôle en Indochine, bien avant les États-Unis", souligne-t-il en effet. Et d'ajouter : "Quand je suis allé au Vietnam, on me parlait toujours de la 'guerre américaine'. Or, il y a eu une 'guerre française'." Au cas où on aurait tendance à l'oublier...

Retrouvez Da 5 Bloods, le film évènement de Spike Lee, dès à présent sur Netflix. Une plateforme disponible depuis la box SFR.

Sources : Allociné, Vulture, Netflix, Screenrant, L'Obs

Jessica Rat
https://twitter.com/rat_jessica Jessica Rat Rédacteur