Jon Snow (Kit Harrington) était l'un des personnages principaux de la série phénomène de HBO Game Of Thrones
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Game of Thrones : pourquoi Jon Snow a une belle fin malgré tout

Jon Snow (Kit Harrington) était l'un des personnages principaux de la série phénomène de HBO Game Of Thrones © HBO

Ça devait être lui. Azor Ahai. Le prince qui fût promis. La chanson de glace (sa mère Stark) et de feu (son père Targaryen). Il était l’élu. Le vrai héros de Game of Thrones. Et puis non. À la fin de la série, Jon Snow semble avoir tout perdu. Et pourtant…

Du destin d’Aragorn...

Le bâtard. Parti de rien et arrivé nulle part. Voilà ce que l’on pourrait penser après une saison 8 qui aura su déjouer bien des pronostics ou attentes. Et générer quelques déceptions également. Mais pouvait-il en être autrement ? George R.R. Martin avait prévenu depuis des années que la fin de la saga serait “douce amère”, comme l’auront été tant de moments de Game Of Thrones. Mais son irrésistible ascension depuis la première saison, de son leadership de la Garde de Nuit à son amour pour Daenerys en passant par sa résurrection (excusez du peu), le parcours de Jon Snow avait tout de celui du véritable héros de l’histoire. C’est lui que l’on imaginait tuer le Roi de la Nuit, puis monter sur le Trône de Fer et parvenir à unir tout Westeros.

Après tout, il était le souverain légitime, enfant-né du mariage entre Rhaegar Targaryen et Lyanna Stark. Cette identité gardée secrète pendant longtemps, car ignorée de tous, ce besoin de s’exiler pour s’affirmer… Voilà qui nous rappelle un certain Aragorn ! Dans Le Seigneur des Anneaux, lui aussi était l’héritier du royaume et avait choisi de mener une existence de rôdeur pour lutter contre une menace grandissante (Sauron dans le SDA, les Marcheurs Blancs dans GOT). Jon Snow avait donc toutes les armes en main et surtout son épée, pour accomplir la même destinée et se poser en mode Le Retour du Roi à la fin de la série.

… à celui de Luke Skywalker

Sauf qu’il n’en fût rien. Vaincre le Roi de la Nuit ? C’est sa petite sœur (en fait sa cousine) Arya qui s’en est chargée, pendant que lui jouait à “je te tiens tu me tiens par la barbichette” avec le dragon de glace. Monter sur le trône ? C’est finalement son petit frère (en fait son cousin), Bran, qui accède au pouvoir, parce qu’il avait… la meilleure histoire possible.

Bran ? Celui que l’on n’a pas vu pendant une saison et qui a passé les deux dernières à sortir des phrases chelous venues de nulle part, multipliant les siestes à des moments cruciaux ? Bon, ok… Mais vraiment ? Non parce que l’histoire de Jon Snow, bâtard de Ned Stark, qui a hérité du sens de l’honneur de ce dernier, qui est de toutes les batailles, qui met tout le monde en garde contre les Marcheurs Blancs, revient à la vie, s’avère être le roi légitime, tombe amoureux de sa tante Dany, parvient à chevaucher les dragons, décide de tuer celle qu’il aime plus que tout pour sauver tout Westeros, lui, son histoire, elle est trop banale ?

Non. Mais elle est tragique. Et finalement, alors qu’on la pensait proche de celle d’Aragorn, elle tient plus de celle de Luke Skywalker dans Star Wars. Les deux semblaient être ceux qui allaient “ramener l’équilibre”, mais ont été contraints de confronter un membre de leur famille à la fin, de sacrifier un être aimé. Surtout pour Jon. Et cet échec, terrible, pousse les deux à s’exiler. Mais dans le cas de Jon, cette punition qu’on lui inflige est finalement la meilleure fin possible. La seule capable de finalement le rendre heureux.

Tu ne sais rien, Jean Neige

Et les téléspectateurs aussi, rien que pour une seule séquence : ses retrouvailles avec Ghost. Alors qu’il l’avait laissé à Winterfell sans un petit câlin d’au revoir, il retrouve son loup blanc avec -enfin- une étreinte chaleureuse à Châteaunoir. Condamné à rejoindre une Garde de Nuit devenue pourtant bien inutile, on le voit partir au-delà du Mur à la toute fin de la série. Il rejoint ainsi le seul endroit où il s’est senti libre. Là où Ygrid, son premier amour, Mance Rayder puis Tormund lui ont dit qu’après avoir connu cette vraie liberté, il ne pourrait pas revenir à son ancienne vie. Le seul endroit où on ne l’a pas jugé selon son statut (de bâtard ou de commandant), où on ne l’a pas utilisé, manipulé (Mélissandre, Daenerys, et Tyrion dans le dernier épisode), et où on ne lui a jamais demandé de “ployer le genou”. D’ailleurs quand il le fait lors de sa rencontre avec Mance Rayder, tout le monde se moque de lui…

Lui qui n’a eu de cesse de dire durant la huitième saison qu’il ne voulait pas du pouvoir et des responsabilités, qu’il ne désirait pas monter sur le Trône de Fer, ne semblait définitivement pouvoir être heureux qu’au-delà du Mur, loin des intrigues, complots et jeux de pouvoir auxquels il n’aura jamais rien compris. C’est peut-être le plus jeune retraité de l’histoire de Westeros, mais c’est aussi le plus heureux des hommes. Et il entend bien profiter de sa nouvelle vie. Qui est déjà sa troisième…

Par Sébastien Delecroix