La mini-série Waco revient sur les nombreuses zones d'ombre qui entourent toujours la tragédie
Séries

Que s’est-il vraiment passé à Waco ?

La mini-série Waco revient sur les nombreuses zones d'ombre qui entourent toujours la tragédie © Weinstein Television LLC

Si la mini-série Waco est aussi passionnante, c’est parce qu’elle revient sur des faits qui 25 ans après restent encore non élucidés. Le siège de Waco aura duré 51 jours, fait 82 victimes et laisse toujours une question en suspens : bavure ou suicide collectif ? Retour sur un épisode bien sombre de l’Amérique contemporaine.

Le livreur n’est pas passé, il ne passera jamais

Mai 1992 : Larry Gilbroath, livreur UPS, voit s’ouvrir un colis qu’il doit apporter au Mount Carmel, la résidence de la secte des Davidiens, menée par le gourou David Koresh. Ce qu’il voit alors lui fait peur et on le comprend : des coques de grenades et de la poudre noir. Un mélange explosif. Plutôt que de faire comme tous les livreurs et d’aller mettre un mot dans la boîte aux lettres en disant qu’il n’y avait personne ou pas d’interphone, ou en confiant le colis à des voisins, il prévient les autorités. C’est mieux. Le shérif avise donc l’ATF (Bureau fédéral des alcools, tabacs, armes à feu et explosifs), qui envoie un de ses agents pour infiltrer les Davidiens. Ce dernier découvre des centaines d’armes et des centaines de milliers de munitions. Mais bon, on est aux États-Unis et cela n’est pas suffisant pour intervenir. Les Davidiens affirment que ces armes sont légales, mais l’ATF déclare que certains AR-15 (des fusils mitrailleurs), normalement semi-automatiques, ont été convertis en armes automatiques. Un mandat de perquisition et d’arrêt est obtenu sur ce détail technique. Mais rien ne va se passer comme prévu…

Fuite en arrière

Initialement prévu pour le 1er mars 1993, le raid dont le nom de code est “Showtime” est avancé d’une journée suite à la publication d’un article dénonçant les agissements de David Koresh, mettant en lumière ses rapports avec des mineurs, sa polygamie et la violence au sein des Davidiens. Un impressionnant dispositif se présente au Mount Carmel, avec 80 véhicules de l’ATF et du FBI, qui forment un convoi de 1,6 kilomètre de long ! À 9h45, des agents se présentent à l’entrée du bâtiment. Et c’est là que tout bascule.

Des coups de feu. Une fusillade. Et des positions différentes : les Davidiens affirment que l’ATF a ouvert le feu sans raison ; l’ATF déclare de son côté avoir entendu des coups de feu venant de la résidence et avoir répliqué en ouvrant le feu à son tour. À 9h48, soit trois minutes après le début de la fusillade, Wayne Martin, membre de la secte et avocat à Waco, appelle le 911 pour dénoncer l’attaque et demander un cessez le feu. Les hostilités s’arrêtent à 11h30, avec un premier bilan déjà bien lourd : cinq Davidiens ont péri, ainsi que quatre agent de l’ATF. Un sixième Davidien sera tué plus tard dans la journée, en voulant rejoindre le bâtiment. C’est le début d’un siège de 51 jours.

Des négociations compliquées

25 négociateurs du FBI vont se succéder pour parler avec Koresh au téléphone. Celui-ci dit ne pas vouloir sortir de peur d’être abattu. Et ses propos apparaissent souvent comme farfelus. Rappelons qu’il se présente comme la réincarnation du Christ et veut qu’on l’appelle “le prophète ultime”. Pas du tout formés pour faire face à ce genre de situation, les agents sont désemparés et la situation s’enlise, malgré l’obtention de la sortie de 19 enfants de moins de 12 ans. Pour le reste, tout est bloqué. Le siège de Waco deviendra d’ailleurs un cas d’école et “permettra” une grande révision des méthodes de négociation au sein des agences fédérales.

Pour tenter de faire céder les Davidiens, de fausses attaques de char d’assaut sont orchestrées, ainsi que des techniques de privation de sommeil : bruits d’avion, cris d’animaux, musique forte, hélicoptères survolant sans arrêt le complexe ou projecteurs lumineux sont utilisés pour essayer de faire craquer les habitants de Mount Carmel. Mais rien n’y fait. Après 50 jours d’un siège stérile, la décision d’un assaut final appuyé par l’envoi de gaz lacrymogènes est prise.

L’assaut final tourne au désastre

Le 19 avril 1993, deux engins blindés sont déployés à 6h00 du matin. Tout le complexe est atteint par le gaz, mais les assiégés refusent toujours de sortir. Selon le FBI, des conversations entre Davidiens parlent de feux qu’ils auraient allumés, chose qui ne pourra pas être prouvée par la suite au procès, les enregistrements sonores étant inaudibles. Mais à 12h07, les premières flammes sont visibles et l’incendie se propage très rapidement. En moins d’une heure, le Mount Carmel s’effondre. L’enquête établira que certains occupants n’ont pas pu sortir à cause des débris provoqués par l’action des blindés. Pire, 21 personnes, dont six enfants, ont été tués par une balle dans la tête, pour leur éviter de trop grandes souffrances durant l’incendie. David Koresh fait partie des gens retrouvés avec un impact de balle dans le crâne, ce qui alimente toujours le débat. A-t-il péri dans l’incendie ou été tué par l’ATF ?

Le bilan est très lourd : au total, 82 personnes sont mortes durant le siège de Waco, et de nombreuses zones d’ombre subsistent. Qui a ouvert le feu ? Comment la situation a pu s’éterniser aussi longtemps ? L’incendie est-il venu de feux allumés par les Davidiens, ou par les grenades lacrymogènes utilisées en très grand nombre ? Le directeur de l’ATF Stefen Higgins est licencié. Bill Clinton, alors président, exprime ses regrets sur cette affaire, et les théories conspirationnistes sont encore alimentées aujourd’hui.

Car plus de 25 ans après, Waco rime toujours avec fiasco.

Source : 13ème RUE

Par Sébastien Delecroix