Vernon Subutex : la première série de Romain Duris
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Vernon Subutex : la première série de Romain Duris

Vernon Subutex : la première série de Romain Duris © Xavier Lahache / Canal+

Depuis ses débuts en 1994, Romain Duris crève l’écran, mais seulement le grand. Il aura fallu attendre 2019 pour le voir arriver sur le petit, dans la peau de Vernon Subutex. Un rôle sur mesure ?

Le péril jeune acteur

À la base, rien ne laissait présager une carrière d’acteur pour le jeune homme. Étudiant en arts appliqués, Romain Duris décide de se consacrer à la musique, avec un projet de groupe de jazz-funk-rap. Parce que l’éclectisme, c’est cool. Et puis il est repéré par un directeur de casting, à la sortie des cours. La suite, on la connaît. Mais cette passion musicale pourrait expliquer pourquoi le héros imaginé par Virginie Despentes, ancien disquaire et grand passionné de musique, est le rôle qui aura su le convaincre de se lancer dans une série télévisée, après 25 ans à ne figurer qu’au cinéma. Et dans un clip. Cherchez Faut qu’j’travaille de Princesse Erika sur YouTube, pour découvrir à quoi ressemblait Romain Duris à 20 ans, c’est cadeau.

Après une cinquantaine de films, dont sept avec Klapisch (dont la fameuse trilogie de L’Auberge Espagnole), quatre pièces de théâtre et même du doublage (Isle Of Dogs de Wes Anderson), l’éternel jeune premier se lance donc dans un nouveau format, pour une première saison composée de neuf épisodes et qui a amené ce passionné de hip-hop à également découvrir le rock.

L’écume des nuits parisiennes

À 44 ans, Romain Duris sort de sa zone de confort. Mais pas trop. Dans une interview accordée au Parisien, il déclare ainsi : “Quand les scénarios arrivent, je ne me pose pas la question du format final”, mais aussi, presque paradoxalement : “j’avais peur du côté série. Virginie Despentes a écrit avec tant d’authenticité que je me demandais comment transposer cela en images sans en faire un objet facile.” Face à l’œuvre littéraire brute, crue, dépeignant un amer constat social dans la société française contemporaine, Duris avait donc peur du politiquement correct. Que les décisions soient prises par rapport aux annonceurs, à ce que le grand public aurait envie de voir, que les chansons, très importantes dans une série basée sur la passion de la musique, soient choisies en fonction d’éventuels partenariats ou liens commerciaux. Il a été rassuré.

La série de Cathy Verney (scénariste et réalisatrice sur les séries Hard et Fais pas ci, fais pas ça) parvient à conserver l’énergie présente dans les livres : Vernon Subutex transpire le rock’n’roll. L’ancien disquaire, victime pas collatérale de la crise du disque, se retrouve sans emploi, sans plan de carrière, sans argent et bientôt sans logement. S’ensuit alors une tournée de son carnet d’adresses, pour déclencher la machine à souvenirs des soirées alcoolisées (et plus si affinités) de l’underground parisien. De Bastille à Ménilmontant, on plonge avec Vernon dans sa vie passée et sa gloire future, grâce à toute une série de flashbacks qui viennent peut-être expliquer pourquoi Romain Duris était le choix parfait…

Auberge espagnole VS. plan Airbnb

Car on retrouve dans la quête de logement de Vernon la problématique qui a permis à Romain Duris de se faire connaître du grand public : celle de l’hébergement. Dans L’Auberge Espagnole, le personnage de Xavier, parti à Barcelone via le programme Erasmus, opère une transition entre la vie étudiante et la vie adulte, en vivant d’abord chez un couple, puis en colocation. Cette aventure lui fera prendre conscience de ce qu’il veut faire dans la vie. Et surtout ne pas faire, à savoir, travailler au Ministère des Finances.

C’est le procédé inverse chez Vernon, qui quitte -par la contrainte de la réalité économique- sa vie d’adulte, incarnée par son appartement, pour redécouvrir sa vie de jeune homme. De canapés de copains aux lits d’exs et nouvelles copines, ses aventures lui offrent une nouvelle jeunesse. Comme si Duris retournait à ses premiers amours. D’autant plus que certains passages peuvent même faire penser à ses rôles dans Gdjo Dilo ou De battre mon cœur s’est arrêté. Et quand on sait que Cédric Klapisch rêve de décliner L’Auberge Espagnole en série, on se dit que Vernon Subutex est la première, mais peut-être pas la dernière apparition de Romain Duris sur les petits écrans…

Sources : Le Parisien, Madame le Figaro

Par Sébastien Delecroix