Kery James à la 26ème édition du festival des Vieilles Charrues, à Carhaix-Plouguer, le 15 juillet 2017.
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Kery James et Orelsan se demandent "À qui la faute ?"

Kery James à la 26ème édition du festival des Vieilles Charrues, à Carhaix-Plouguer, le 15 juillet 2017. © FRED TANNEAU / AFP

Un featuring qui a eu l’effet d’une bombe sur la planète rap française. Résultat d’une collaboration d’exception entre Kery James, le porte-parole des banlieues et Orelsan, le trublion normand, le clip d’À qui la faute ? vient d’être dévoilé ce mercredi 10 juillet 2019 sur la Toile.

Un million de vues en 24 heures sur YouTube. Deux millions dès le lendemain. Voilà ce que donne la rencontre entre Kery James et Orelsan. Teasée depuis plusieurs mois, avec cette mystérieuse photo publiée sur les réseaux sociaux en avril dernier, leur collaboration porte ses fruits.

Et pour cause : c’est un rap engagé, consacré au problème des banlieues et à la responsabilité de l’État sur ce brûlant sujet, que les deux compères nous offrent aujourd’hui. Un rap politique, qui dénonce au vu des tenants et aboutissants, sans animosité ni obscénité. Un rap posé, réfléchi, éminemment articulé autour de deux visions : celle de l’Ancien, self-made-man de la communauté noire banlieusarde, contre celle plus pessimiste d’un Blanc de province issu de la "nouvelle" génération. Un bon gros rap français quoi, comme on n’en avait pas entendu depuis longtemps.

Les "Banlieusards" au cœur des projets de Kery James

Dévoilé à travers un clip "simple, basique", comme dirait l’autre, tourné à l’ancienne en bas des tours, le titre À qui la faute ? vient accompagner la sortie prochaine du premier long-métrage de Kery James. Sur un scénario original du rappeur, coréalisé avec Leïla Sy, Banlieusards verra le jour le 12 octobre 2019 sur Netflix. Ici, il sert de préambule à la diatribe. "Je voulais faire un film, je l’ai fait, je n’ai pas attendu Canal+", lance l’ancien membre de Mafia K’1 Fry, avant qu’Orelsan ne souligne : "Un seul film de Kery James, 200 faits par des bobos de merde."

Entrecoupés d’images dudit long-métrage, les rappeurs continuent de débattre sur le problème des banlieues, l’un jugeant que "le Bois-l’Abbé c’est le luxe pour quelqu’un qui vient d’Haïti", l’autre estimant que "pourtant l’État français continue de vous la mettre". Alors que Kery James prône la responsabilité du tout un chacun – "La vie est une question de choix, t’es naïf, tu crois encore à SOS Racisme et aux manifs" –, Orelsan fustige l’indifférence générale – "Je ne suis pas naïf, je suis trahi, je crois plus ce qu’on m’a appris : l’égalité, la patrie… ah oui ?" Et ne manque pas de noter, d’ailleurs, que "la banlieue porte un gilet jaune depuis 20 ans, tout le monde s’en bat les couilles"…

Un discours fort, limpide, où le dernier mot revient à Kery James bien sûr. Après avoir taclé les "banlieusards millionnaires (qui) ont banni le mot solidarité de leur dictionnaire", l’ambassadeur du rap français engagé affirme : "Je n’essaie pas de nier les problèmes. Je ne compte pas sur l’État, moi, je compte sur nous-mêmes." Et, plutôt que de se demander "À qui la faute ?", il questionne alors : "Je n’ai qu’une interrogation, moi : qu’est-ce qu’on fait ?"

Jessica Rat
https://twitter.com/rat_jessica Par Jessica Rat Rédacteur