La chaleur n'empêche pas La Chica de déborder d'énergie pour entamer cette dernière journée de Rock en Seine.
Découverte

Interview Festival : La Chica souffle un vent electro-pop latino à Rock en Seine

La chaleur n'empêche pas La Chica de déborder d'énergie pour entamer cette dernière journée de Rock en Seine. © Jessica Rat / SFR Actus

Elle qui passait, justement, sur la Scène des 4 Vents pour le dernier jour du festival, n’a pourtant pas senti beaucoup d’air en ce dimanche particulièrement caliente. À 14 heures, il faisait bien 40 degrés en plein soleil… et pas un arbre, dans cette partie du Parc de Saint-Cloud, pour s’abriter. Ce qui n’a toutefois pas empêché de vaillantes âmes de venir soutenir cette artiste franco-vénézuélienne, et découvrir son univers multiculturel. Nous, on l’a rencontrée quelques heures plus tard, le temps de se rafraîchir un peu. L'occasion de discuter autour de questions, piochées au hasard, de notre interview spéciale festival.

Quels sont les groupes que tu es allée voir ou que tu aurais aimé voir pendant le festival ?

Alors, j’ai raté Weval que j’aurais adoré voir… Mais je crois qu’ils sont en train de jouer en ce moment sur la Scène des 4 Vents. Puis je vais bien évidemment aller voir Aphex Twin, et Foals aussi, avec une joie non feinte !

C’est vrai qu’il y a une belle affiche aujourd’hui…

Oui, très très cool ! Je suis bien contente d’avoir joué aujourd’hui. Mais il faisait très très chaud ! Puis j’ai gigoté dans tous les sens… J’étais violette à la fin – je me suis vue dans un miroir en sortant de scène (rires) !

Contente d’avoir ouvert cette dernière journée de Rock en Seine ?

Oui, c’était très cool. Ce n’est pas facile de jouer à 14 heures parce que tu n'es pas dans la même énergie qu’en fin d’aprèm, ou le soir, il y a un truc qu’il faut aller chercher. Mais je me suis bien concentrée avant pour rentrer dans le bon état d’esprit pour pouvoir faire ça… Pour pouvoir arriver dans la transe dans laquelle j’ai besoin d’être afin de passer un concert intéressant, en fait.

Tu as besoin d’être en transe pour monter sur scène ?

Il y a un moment où il faut que je puisse lâcher prise et ne penser à rien. C’est plus difficile avec un set aussi court (40 minutes, NDLR.), mais il y a des passages instrumentaux, des enchaînements rythmiques qui me permettent de… La répétition en fait, elle te permet de rentrer dans cette espèce de transe, et ensuite moi ça m’aide à interpréter et à lâcher ce que j’ai à lâcher.

Tu as d’ailleurs chanté un morceau a capella, où l’on t’a sentie effectivement ailleurs…

Le Canto Del Pilon, un traditionnel vénézuélien. C’est un moment où je peux envoyer de l’énergie aux gens qui sont là-bas, ma famille et mes amis qui sont restés là-bas… et qui galèrent de ouf. (Le Venezuela est en crise, économique et politique, depuis plusieurs années, se trouvant actuellement divisé entre le gouvernement chaviste de Maduro et l'opposition menée par Guaidó, NDLR.)

La Chica, concentrée, l'esprit vaguant vers d'autres contrées pendant son interprétation du "Canto Del Pilon".
La Chica, concentrée, l'esprit vaguant vers d'autres contrées pendant son interprétation du "Canto Del Pilon". © Jessica Rat / SFR Actus

Le truc le plus cool dans un festival c’est…

C’est une bonne question ça. Alors moi je suis un peu agoraphobe, donc c’est vrai que la foule c’est pas mon délire… Je vais avoir un peu de mal à être au milieu des gens et à prendre cette énergie qui doit être incroyable, malheureusement je passe à côté de ça. Par contre, ce que j’aime bien c’est déambuler partout. Aller voir tout ce qu’il se passe sur chaque scène. Il y a comme un sentiment de liberté en fait, où tu fais ton propre choix. Tu as un panel d’artistes qui t’est proposé et toi tu vas aller là où ça te convient… Ouais, il y a un petit côté liberté qui me plaît bien !

Le public de Rock en Seine il est comment ? (NB : le public de 14 heures le dimanche de Rock en Seine, il est comment ?)

(Rires) Le public du troisième jour à 14 heures de Rock en Seine… Eh bien il est surprenant ! Parce que je m’attendais à ce qu’il y ait moins de monde, je m’attendais à ce que ce soit plus difficile d’aller chercher les gens. Et en fait je les ai trouvés extrêmement bonnes vibes. Malgré la chaleur, ils dégageaient un truc très bienveillant, ça dansait – moi je ne sais pas si j’aurais pu danser dans la chaleur comme ça, au soleil ! Mais ça bougeait, ils me renvoyaient quelque chose de très cool, j’ai vraiment beaucoup aimé.

Ton pire souvenir de festival ?

Alors… On a vécu des choses pas mal cet été parce qu’on a fait pas mal de festivals. On a vécu des expériences plus ou moins bonnes. Moi j’ai envie de raconter l’histoire d’un pire souvenir qui s’est transformé en super souvenir…

On était dans un festival, un lieu de nature incroyable où vraiment j’aurais adoré jouer parce que c’était la folie : un cirque naturel, c’est-à-dire que la roche faisait comme un décor naturel et les gens pouvaient s’asseoir dans l’herbe en face de nous, ils étaient naturellement plus haut… C’était sublimissime. Mais après la balance, après que tout se soit bien passé, on s’est tapé une grêle puis un palo de agua, une averse, pendant deux heures. Et ça a cramé tout ce qu’il y avait, toute l’installation lumineuse, l’installation technique. Nous on était sur la scène, au fur et à mesure l’eau arrivait, on écopait avec nos tongs, avec ce qu’on avait. On était sous des couvertures de survie, dégoûtés que le truc s’annule. Parce que là, forcément, pour des conditions de sécurité, tu ne peux pas continuer.

Mais les bénévoles qui étaient là étaient tellement enthousiastes, qu’ils nous ont proposé d’aller jouer dans une cave réaménagée dans le village. Un village somptueux dans les Cévennes, tout en pierres. On a trimballé tout notre matos jusqu’à cette cave et on a fait un gros concert de punk à l’arrache ! Donc on est passé d’un mode de nature suprême et de connexion spirituelle à un truc beaucoup plus rough, underground et près des gens. Et c’était incroyable, en vrai.

C’était quel festival, à la base du coup ?

C’était le Festival de Mourèze, dans les Cévennes. Magnifique. Donc ça commence par un pire souvenir, parce qu’on était dépités, et en fait, transformation !

Un rituel avant de monter sur scène ?

Ouais, carrément. Un rituel de concentration, un rituel de connexion avec mes ancêtres, un rituel de purification des énergies aussi… Et puis j’en fais encore plusieurs sur scène après. Mais avant de monter sur scène, c’est globalement la reconnexion avec la Terre et avec les ancêtres parce que l’héritage, la mémoire familiale a pour moi beaucoup d’importance. Il faut le connaître pour se connaître, et pour se séparer aussi de certaines choses qui au bout d’un moment ne nous appartiennent plus en fait. Donc voilà, je me prends ce petit temps de réflexion et de connexion par rapport à ça avant de monter sur scène. Parce qu’on dit aussi que les ancêtres t’envoient les énergies dont tu as besoin au moment où tu en as besoin. Donc il y a une demande que je fais aussi à ce moment-là.

Tu as vécu au Venezuela ?

J’ai grandi à Paris, je suis née à Paris, mais on retournait au Venezuela tous les ans pour les grandes vacances. Et à partir de l’adolescence j’ai commencé à y retourner moi beaucoup plus régulièrement, plus longuement aussi. Il y a une partie de ma vie où je passais six mois là-bas, six mois ici.

Tu as toujours de la famille là-bas ?

Carrément, j’ai une famille immense. Alors là, avec les événements sur les dernières années, beaucoup ont fui, beaucoup sont partis. Mais j’ai encore beaucoup de famille là-bas.

Son double héritage culturel, La Chica le fait découvrir à travers sa musique.
Son double héritage culturel, La Chica le fait découvrir à travers sa musique. © Jessica Rat / SFR Actus

Et du coup sur scène tu parles dans les deux langues.

Ça fait partie de ma schizophrénie culturelle ! Que j’ai appris à assumer. Il y a des choses que j’arrive à dire plus facilement en espagnol, d’autres en français, puis l’anglais vient se mélanger à ça aussi. Quand on voyage beaucoup et qu’on est habitué à communiquer avec n’importe qui, il y a un peu toutes les langues qui arrivent et qui se mélangent… Le but c’est de communiquer en fait. Et ce truc-là, je l’ai gardé parce que j’ai décidé de m’assumer totalement en tant que moi-même sur scène, même avec les choses un peu bizarres, même avec certains défauts.

Donc effectivement, si ça me chante de parler en espagnol, eh bah je vais le faire, mais si j’ai envie de m’exprimer de manière à ce que les gens comprennent beaucoup plus, en étant en France, bien évidemment je vais le faire en français. Et je pense qu’il y a des choses qui peuvent passer dans un autre langage aussi, il y a des émotions, un ressenti que je peux communiquer aux gens d’une autre manière.

Par contre tu ne chantes jamais en français…

Non, je chante en anglais parfois, parce que ça sonne et pour moi la résonnance a beaucoup d’importance, la manière dont sonnent les sons. Et je chante en espagnol parce que c’était plus naturel, c’est venu comme ça dès le départ.

Allez, une dernière... La chanson idéale pour découvrir ta musique ?

Rahlala... C’est pas si simple je trouve ! Bah en fait ça dépend du mood des personnes. Beaucoup de gens m’ont découverte avec Oasis – et justement c’est un bon morceau pour montrer ce collage de cultures qui existe dans ma musique, comme dans ma vie. Mais d’autres préfèrent des morceaux comme Drink ou Ratas, qui sont des morceaux beaucoup plus intenses, ils trouvent que ça correspond plus aux émotions que ça génère chez eux… Je ne sais pas trop, je n’ai pas beaucoup de recul par rapport à ça. Ou Sola aussi, peut-être.

Découvrez ces quatre titres, et toutes les autres chansons de l’album Cambio de La Chica, sur Napster !

Par Sébastien Delecroix et Jessica Rat