Malik Djoudi nous raconte son émotion face au succès de Sous Garantie, sa passion pour le cinéma, sa rencontre avec Étienne Daho...
Découverte

Rencontre avec Malik Djoudi pour un voyage musical magnétique

Malik Djoudi nous raconte son émotion face au succès de Sous Garantie, sa passion pour le cinéma, sa rencontre avec Étienne Daho... © Jessica Rat / SFR Actus

Sa voix vous sera peut-être familière, lui qui passait en boucle sur les ondes en 2017 avec son single Sous garantie. Malik Djoudi est de retour sur les devants de la scène pour présenter au public son deuxième album, Tempéraments. Un nouvel opus qui s’inscrit dans la lignée electro-atmosphérique et poétique du premier, jouissant en prime d’un joli duo avec un certain Étienne Daho. On a rencontré l’artiste, alors qu'il s'apprête à monter sur scène à Paris pour un concert qu’il envisage comme "le grand rendez-vous" de sa tournée, au Trianon, le 20 novembre prochain.

On peut dire que tu es arrivé un peu tard sur le devant de la scène… Ton premier album est sorti il y a deux ans seulement, tu en avais 37. Mais en réalité tu baignais déjà dans l’univers de la musique ?

Oui, je suis vraiment entré en studio pour faire mes premières prod’ quand j’avais 18, 19 ans. Puis mes premiers groupes vers 20, 25 ans, et après j’ai beaucoup travaillé pour le spectacle vivant. Mais oui, j’ai toujours fait de la musique en fait. Mes premiers morceaux, c’était vraiment à 13, 14 ans, sur le piano de mes parents.

Qu’est-ce qui t’as poussé, la trentaine bien entamée, à prendre cette nouvelle direction musicale en te lançant en solo ?

C’était un moment où j’ai failli baisser les bras, où je me disais que la musique ça ne marchait pas trop. Et puis j’ai fait un voyage au Vietnam, la terre de ma grand-mère. Quand je suis revenu, je me suis mis derrière mes instruments tout seul, alors qu’avant je travaillais toujours en groupe. J’ai commencé à écrire en français, chose que je ne faisais pas – avant j’écrivais en anglais. Et j’ai trouvé des choses qui me convenaient vraiment, je me suis retrouvé là-dedans. Alors j’ai décidé de faire un album.

Te voilà arrivé dans les bacs en 2017 avec ton premier album, Un, et ce single à succès Sous garantie. Ça fait quoi d’être si bien accueilli dès le premier essai ?

Ça m’a donné les larmes aux yeux. Je ne pensais pas du tout que ça se passerait comme ça, je pensais plutôt donner des CD à des copains ! Je m’en souviens très bien, j’étais chez moi, je cuisinais, j’ai entendu Sous garantie à la radio. Ça m’a donné les larmes aux yeux. Et après toutes les critiques qui sont arrivées… Je ne m’attendais pas du tout à ça ! Ça m’a donné beaucoup de force et d’élan pour faire le deuxième album.

Il est arrivé deux ans après. Quel était ton état d’esprit pour l’aborder – cela ne doit pas forcément être évident de sortir un deuxième disque après le succès du premier ?

C’est sûr qu’il y avait de la pression, il fallait que je continue l’essai. Mais ça a été assez naturel, je me suis senti vraiment porté par cette "émulsion" qui était là pour le premier.

Après Un, on aurait pu s’attendre à ce que ce deuxième album s’appelle Deux. Mais non, il porte le nom de Tempéraments, comme le titre de sa première piste mais au pluriel. Qu’est-ce qui se cache sous ce "s" ?

Pour moi, l’album, c’est plusieurs de mes tempéraments, plusieurs facettes de moi-même.

Quels sont tes tempéraments alors ?

C’est à l’image de la pochette de l’album, de couleur bleue. Je peux avoir l’esprit très clair, être très joyeux, très blagueur, et parfois je peux aller plus en profondeur, être un peu sombre… Je me ballade entre un bleu clair et un bleu foncé !

Au-delà des textes, toujours très poétiques, Tempéraments c’est aussi un vrai album de composition. La musique prend parfois même plus de place que les paroles... C’est ce qui te vient en premier ?

Oui. C’est ce qui me vient en premier et ce qui me prend le plus de temps. C’est quelque chose que je fais, que je digère, je reviens souvent dessus. Pour moi c’est vraiment un travail de détail. Et la composition, le son, tout ça c’est un tout. Et ça fait un tout avec le texte après, avec la sonorité des mots.

On ressent une certaine ambiance cinématographique, tantôt romantique, tantôt inquiétante, avec une vibe façon "Drive" sur certains titres. Ça vient d’où ?

L’image m’inspire beaucoup. Le cinéma m’inspire beaucoup. Les paysages… Et j’aime bien composer par rapport à une image. Quand je regarde un film, je peux avoir une mélodie qui m’arrive en tête, une ligne de basse ou de synthé. Je compose rarement en regardant sur un clavier ou en pensant aux notes. Ça m’arrive comme ça, je trouve que c’est une chance.

D’ailleurs on sent bien que le cinéma t’inspire, puisque dans le précédent album tu lui dédiais une chanson, accompagnée d’un joli clip avec Cécile de France. Tu rêverais de signer une bande originale ?

Oui, carrément. Et c’est en pourparlers là. C’est quelque chose dont j’essaie de me rapprocher de plus en plus. Parce que mon projet musical, qui porte mon nom aujourd’hui, me prend beaucoup de temps, de concerts, tout ça, et je trouve que c’est important d’aller s’aérer, de faire d’autres projets. Afin de pouvoir revenir rempli d’autres expériences.

Tu t’es entouré de beau monde pour ce nouvel opus. Tu es notamment parti à Margate pour travailler avec un certain Ash Workman (ingénieur du son de Metronomy). Pourquoi lui ?

Tout simplement, parce que Metronomy est un groupe que j’aime beaucoup et je trouve que les albums qu’il a mixés sont super bien. J’aime beaucoup les textures, la façon dont sont placés les sons. J’aime beaucoup son travail, y compris celui qu’il a fait aussi avec Frànçois and The Atlas Mountains. C’était vraiment la première personne avec qui je voulais travailler.

Tu gardes un bon souvenir de ce voyage ?

Ah, complétement ! Je suis parti avec Amaury Ranger, qui joue dans Frànçois and The Atlas Mountains, c’est grâce à lui, et à mon label, que j’ai pu travailler avec Ash Workman. On est partis tous les deux travailler là-bas, c’est tout au sud de l’Angleterre, c’est à la mer, t’es coupé de tout, coupé du monde. J’avais préparé mes arrangements et là on a pris le temps de bien faire les sons, de bien les placer ensemble. C’est lui qui a mixé, mais c’était vraiment un travail de collaboration.

Puis il y a ce duo avec Étienne Daho… On y reviendra, mais est-ce que tu peux déjà nous raconter votre rencontre ?

Ce n’est pas lui ou moi qui est allé chercher l’autre, c’est quelque chose de naturel qui s’est fait comme ça. On s’est rencontrés au MIDI Festival dans le sud de la France. Et je savais qu’il jouait à Poitiers, dans ma ville, alors je lui ai dit : "Ce serait bien qu’on fasse un morceau ensemble." De là est née cette amitié musicale, en se disant "faut vraiment qu’on fasse quelque chose". J’ai composé un morceau, je lui ai présenté, il m’a dit : "Faisons-le."

Ce morceau, c’est À tes côtés. Une jolie ode à l’amitié… La vôtre du coup ?

Oui, c’est vraiment notre amitié ! C’est vraiment quelque chose, encore une fois, de naturel. On rencontre des gens et on ne se pose pas de question, on avance, on est bien l’un avec l’autre, la main sur son épaule. Quand j’ai écrit le texte, je me suis vraiment inspiré de cette rencontre.

Quand on vous écoute, on perçoit une certaine similitude, au moins une vraie compatibilité. D’ailleurs alors que sur tes autres chansons c’est cette voix un peu androgyne qui te démarque, là tu adoptes un autre timbre, plus grave, qui fait que vos deux voix se mélangent et ne font presque qu’une…

Complètement. D’ailleurs pour le clip on a répété la chanson, et parfois je ne savais même plus qui était qui ! Ça s’est fait naturellement aussi. C’est ce qui est super avec Étienne Daho, c’est que les choses se font naturellement.

On a parlé d’Ash Workman, mais ce titre-là c’est l’œuvre de Philippe Zdar, sans doute l’un de ses derniers travaux avant sa disparition. Quel souvenir gardes-tu de lui ?

Ça faisait 15 ans que je voulais travailler avec cette personne-là. Vraiment, je me battais pour travailler avec lui. Et on était en studio avec Étienne Daho, il me disait qu’il le connaissait très bien. Alors j’ai envoyé un message à Philippe Zdar. Je lui ai dit : "J’enregistre un morceau avec Étienne Daho." Il m’a dit : "Je vais le faire, je vais le mixer." C’était un rêve d’enfant. Puis on en rencontre peu des personnes comme ça. C’est quelqu’un qui avait une énergie incroyable, qui vivait vraiment l’instant, tout le temps. Je crois que de travailler avec Philippe Zdar, c’est un de mes plus beaux souvenirs.

D’autres artistes avec qui tu aimerais travailler ?

Oui… Connan Mockasin, James Blake, j’aimerais trop ! Et d’autres… que je ne connais pas encore !

C’est quoi la suite ?

Là je commence un troisième album, déjà. Puis je vais essayer de faire de la musique à l’image… Je travaille pour d’autres aussi. J’écris, je compose et je produis pour d’autres. Et je suis toujours en tournée, avec le Trianon qui arrive le 20 novembre. Un concert qui pour moi est très important. C’est la date parisienne, je le vois comme un spectacle plus qu’un concert. J’ai toujours plaisir à jouer où que ce soit, mais ce concert-là je le prends comme un des grands rendez-vous de la tournée, et j’ai vraiment envie de faire un spectacle. Il y aura certainement des invités… On verra !

Si tu devais choisir une chanson de ton album, pour faire découvrir ta musique à quelqu’un qui ne te connaît pas encore, ce serait laquelle ? À part le duo avec Étienne Daho, sinon c’est trop facile !

Tout simplement Tempérament, je crois. Parce qu’elle allie plusieurs ambiances, plusieurs feelings, plusieurs textures… Ouais, je dirais ça. Celle-là et Dis-moi qu’t’y penses.

Malik Djoudi, actuellement en tournée à travers l'Hexagone, passera au Trianon à Paris mercredi 20 novembre prochain. En attendant, (re)découvrez sa musique en écoutant ses abums Un et Tempéraments, disponibles sur Napster.

Jessica Rat
https://twitter.com/rat_jessica Jessica Rat Rédacteur