Suzane, sur la scène de La Gaîté Lyrique à Paris, le 16 avril 2019.
Découverte

Suzane, une conteuse d’histoires vraies à l'heure electro

Suzane, sur la scène de La Gaîté Lyrique à Paris, le 16 avril 2019. © Jessica Rat / SFR Actus

Vous l’avez peut-être croisée sur la route des festivals, elle qui n’était ni plus ni moins que l’artiste la plus programmée de l’été dernier. Si ce n’est pas en live, peut-être l’avez-vous au moins aperçue sur la Toile, où ses clips dépassent la barre symbolique du million de vues sur YouTube. Non, toujours pas ? On vous invite à découvrir Suzane de ce pas, alors qu'elle vient de partager de nouvelles images pour son dernier single, Il est où le SAV ? Rencontre avec une jeune artiste qui sera bientôt incontournable sur la nouvelle scène française…

Suzane, c’est le titre d’un de tes singles, de ton EP, et avant tout c’est ton nom de scène. Pourquoi celui-ci ?

C’est vrai que ce n’est pas le prénom que mes parents m’ont choisi, mais je me sentais beaucoup plus libre de m’appeler Suzane. C’est celui de mon arrière-grand-mère, une figure féminine qui m’a beaucoup marquée. Et c’est un prénom qui m’a toujours plu, que j’ai toujours trouvé esthétiquement très beau, avec ce "z" au milieu de nulle part. Le sien s’écrivait avec deux "n" comme la plupart des Suzanne, mais j’ai voulu me le réapproprier et je le trouve encore plus sympa comme ça. Et voilà, je me sens bien dans ce prénom, je me juge moins dans mon écriture, j’ose un peu plus.

Dans ta chanson Suzane, du coup, tu évoques ton parcours. La route a été un peu longue ?

Je pense que la route a été longue, entre guillemets, parce que ça fait longtemps que je rêve de ça. Je suis tombée vite amoureuse de la danse – j’ai suivi mon premier cours de danse classique à 5 ans – puis plus tard de la musique. Donc l’art a toujours fait partie de ma vie. Et quand j’ai grandi on m’a dit : "Bon, tes rêves de gosse, c’est sympa mais là va falloir trouver quelque chose de concret parce que tu rentres dans la vie d’adulte." C’est là où ça a été un peu plus compliqué de défendre ce que j’avais vraiment envie de faire. Mais aujourd’hui j’ai la chance de monter sur scène, de pouvoir raconter ces histoires que j’ai écrites derrière ce bar il y a quelques mois (Suzane travaillait en tant que serveuse quand elle a écrit les paroles de sa chanson-titre, ndlr).

Puis maintenant tout s’enchaîne finalement, entre les festivals, les plateaux télévisés…

Là où j’ai de la chance c’est que… J’ai effectivement ouvert le rideau un peu tard, j’ai pris le temps d’écrire mes chansons, de prendre des cours de danse, de peaufiner mon art. Et c’est vrai que quand j’ai ouvert le rideau donc, avec L’Insatisfait, la première vidéo que j’ai postée sur YouTube, il s’est passé quelque chose d’assez fou. Je ne pensais pas que cette vidéo allait être regardée autant de fois. J’ai la chance depuis de faire beaucoup de festivals et d’avoir un public très bienveillant, qui m’accueille avec beaucoup d’entrain. Donc je suis très contente.

D’ailleurs on t’a vue au FNAC Live Paris cet été, tu passais juste après Aya Nakamura… Et pour être honnête on s’est demandé si ça allait passer, parce que ce n’est a priori pas le même public.

Je me suis posée la même question avant de monter sur scène, je me suis dit : "Bon, est-ce qu’on va réussir à se rencontrer ?" Ce n’est pas la même chose effectivement, mais le public était très ouvert à la découverte aussi ce soir-là. Alors, oui, avant de monter sur scène j’entendais les gens crier : "Aya, Aya, Aya !" Et j’avais envie de leur dire : "Les gars, désolée, ça ne va pas être Aya tout de suite, c’est d’abord Suzane…" Puis finalement ils m’ont super bien accueillie, puisqu’une chanson après c’était plutôt : "Suzane, Suzane !" Donc c’était trop cool ! Et moi j’ai passé un ultra bon moment, j’étais très stressée, mais voilà j’ai mis toute mon énergie sur scène et je pense que les gens l’ont ressenti. Ils m’en ont donné beaucoup ce soir-là.

Suzane a su conquérir le public du FNAC Live Paris, le 3 juillet 2019.
Suzane a su conquérir le public du FNAC Live Paris, le 3 juillet 2019. © Jessica Rat / SFR Actus

Au niveau musical, on peut dire que tu fais de l’electrop-pop. Dans ce genre-là, tu citerais quelles influences ?

J’ai écouté des choses beaucoup plus violentes que ce que je peux faire, j’ai écouté Daft Punk, Vitalic, Justice… Je les écoute encore d’ailleurs, même si les tracks sont un peu vieux, c’est vraiment de la musique qui me touche beaucoup. J’ai écouté Stromae aussi, bien sûr, j’aime bien Feder… La musique électronique c’est quelque chose qui vient assez naturellement chez moi.

En revanche au niveau vocal, on est plus dans la chanson française, non ?

Complètement. La chanson française, je pense que c’est le premier courant musical que j’ai vraiment écouté. C’est les premiers textes que j’ai appris, ceux de Piaf avec L’Accordéoniste, ou Brel, ou Barbara, ou Balavoine, ou Renaud… La chanson française c’est mon premier amour. La musique électronique est arrivée après, et le rap aussi. Du coup je pense que ce sont ces trois influences qui font, à la fin, mes chansons.

C’est vrai qu’on sent aussi des influences un peu hip hop, notamment sur SLT…

Oui, je ne suis pas une rappeuse, je ne peux pas me définir comme ça, mais j’aime utiliser le rap sur certaines chansons. On ne raconte pas la même histoire avec la même voix, la même intention. Et SLT j’ai vraiment choisi de la raconter avec un flow très parlé, pour me rapprocher aussi de cette personne qui pourrait venir victimiser une femme dans la rue ou au travail. Donc oui, c’était important pour moi d’utiliser le rap dans cette chanson.

SLT, comme tu l’évoques, dénonce le harcèlement sexuel. C’est une chanson malheureusement, si l’on peut dire, en plein dans l’ère du temps. C’est le mouvement #MeToo qui t’as inspirée ces paroles ?

C’était une évidence pour moi. Avec ou sans #MeToo, je l’aurais écrite parce qu’il fallait de toute façon que je libère ma parole. Mais c’est vrai qu’à ce moment-là j’étais encore serveuse dans ce fameux restaurant et j’entendais énormément de choses, de débats sur ce mouvement #MeToo. Des choses très violentes, un peu faussées… Je ne pouvais pas prendre parti à ce débat, mon seul pouvoir ça a été de prendre ma plume et d’écrire une chanson. Et le harcèlement, ce n’est pas forcément un sujet actuel parce qu’il dure depuis des générations. Car c’est vrai que malheureusement chaque femme le connaît assez vite, il arrive assez tôt dans la vie d’une femme, dans son quotidien. Et voilà, vu que je décris le quotidien, je suis une conteuse d’histoires vraies, il fallait absolument que je parle de cette réalité.

C’est d'ailleurs le fort de tes chansons, la manière dont elles cernent si bien toutes ces petites choses du quotidien, même plus frivoles comme la "Flemme", l’éternel "Insatisfait", les petits kilos en trop… Comment tu te dis : "Tiens, j’ai envie de parler de ci ou de ça ?"

Je pense que ça me vient parce que moi aussi je vis dans ce quotidien, comme nous tous. Du coup il y a des choses sur lesquelles je m’arrête, qui peuvent me choquer ou me faire rire. J’ai toujours aimé regarder les gens, depuis gamine, mon père me le faisait souvent remarquer : "Tu vois tout, t’entends tout." C'est vrai que le petit détail que tout le monde va peut-être louper, moi je vais essayer de le choper, de bien m’en rappeler et d’essayer de le décrire avec un maximum de précision. Et je suis ravie d’entendre que des personnes se reconnaissent dans ces personnages. Souvent, en concert, je vois des gens qui montrent un copain à eux : "Ah ! Là, elle est en train de te décrire !" Je trouve ça assez marrant.

Au-delà de tes textes, tes clips aussi connaissent leur petit succès… Et c'est notamment grâce à leurs chorégraphies, toujours très uniques. La danse c’est quelque chose à laquelle tu es restée attachée ? Ça va de paire avec le chant pour toi ?

J’ai commencé par la danse en fait. La danse classique, après j’ai fait du contemporain, du jazz… J’ai étayé ma formation avec plusieurs styles. Mais c’est assez particulier la relation que j’ai avec la danse. Quand j’ai arrêté, j’ai arrêté. Vraiment. Même là, actuellement, j’ai un peu du mal à reprendre des cours… Je pense que j’en ai pris tellement plus jeune que ça m’a un petit peu dégoûtée. Du coup j’aime partir d’une base qui est vraiment la mienne, laisser s’exprimer ma corporalité. Ensuite, c’est vrai que j’aime bien travailler avec différents chorégraphes et j’aime toujours m’entourer de danseurs. Pour moi ils ne sont pas qu’un décor, ils ramènent quelque chose d’esthétique, de très beau. Donc voilà j’aime beaucoup m’entourer de danseurs sur mes clips, mais pas forcément sur scène parce que je ne veux pas me sentir bloquée dans des chorégraphies.

En tout cas, tu te donnes pas mal, toute seule sur scène !

J'essaie, oui ! (rires) J’aime bien adapter le vocabulaire de chaque chanson au corps. Je trouve que ça se répond bien en général : la danse appuie les mots, les mots appuient la danse. C’est ce que j’essaie de faire.

Après avoir fait la tournée des festivals cet été, comme ici au FNAC Live, Suzane sera de retour à Paris le 26 mars 2020.
Après avoir fait la tournée des festivals cet été, comme ici au FNAC Live, Suzane sera de retour à Paris le 26 mars 2020. © Jessica Rat / SFR Actus

Dans Suzane, la chanson, tu dis que tu rêves de L’Olympia… C’est toujours le cas ?

Toujours. Ça, ça ne me passe pas. L’Olympia, chez moi dans le Sud, je pense que c’est l’une des salles les plus mythiques. En tout cas quand on nous dit à Avignon "L’Olympia", c’est quelque chose de "wow". Quand j’étais petite je pense que c’est la première salle dont j’ai entendu parler, et je me suis toujours dit : "Wow, il y a des grands, grands artistes qui sont passés sur cette scène !" J’ai eu la chance d’y monter deux fois cette année avec Cœur de Pirate et Feder… J’espère, j’ose rêver qu’un jour on lira "Suzane" sur la façade de L’Olympia. Ce serait très beau.

En attendant, c’est quoi la suite ?

Continuer à faire des concerts, pour rencontrer le public et faire découvrir ma musique. Je vais faire une nouvelle date parisienne : un concert au Trianon – wow, j’avoue que ça m’a fait un petit peu peur quand on me l’a annoncé (rires) ! Je suis très excitée par cette date, la dernière à Paris c’était la Gaîté Lyrique et c’était assez incroyable. Donc le jeudi 26 mars, je serai au Trianon, et j’espère que ce sera une belle grosse fête ! Puis l’album sera sorti entre-temps !

Avant de découvrir le tout premier album de Suzane, prévu pour janvier prochain, retrouvez son EP éponyme et quelques autres singles, comme La Flemme et le dernier Il est où le SAV ?, en écoute sur Napster !

Par Jessica Rat