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Interview : Dropkick Murphys, le gang irlandais de Boston

Les Dropkick Murphys sortent leur nouvel album, Turn up that dial, le 30 avril prochain © Sean Dore

Pour fêter cette Saint Patrick 2021, nous avons pu échanger (à distance) avec Matt Kelly, batteur et membre historique des Dropkick Murphys, dont la parole est rare et toujours appréciée. L'occasion d'évoquer le nouveau -et très bon- disque du groupe de punk rock celtique, Turn up that dial, qui sortira le 30 avril prochain, alors que le groupe jouera ce soir (ou plutôt cette nuit) pour un concert gratuit de la Saint Patrick en streaming. Sláinte !

Maintenant que Ken ne peut plus jouer de basse (suite à un accident de la route en 2018 et des blessures aux mains, ndlr) et ne fait plus que chanter, est-ce que cela change quelque chose à votre façon de composer les chansons ?

Non, pas du tout. Le processus de création reste quasiment le même qu'il a toujours été. La seule différence, c'est que maintenant, quand on joue en concert, c'est l'un des mes meilleurs et plus anciens amis qui joue de la basse avec nous (Kevin Rheault, qui était auparavant roadie du groupe, ndlr).

Comment composez-vous vos chansons, entre punk rock et musique irlandaise ? Est-ce que dans une chanson comme l'excellente Queen of Suffolk County par exemple, c'est le riff de banjo qui vient en premier ?

Merci pour ça, je suis content que tu l'apprécies ! Tout dépend de la chanson, il y a plusieurs points de départ que nous pouvons avoir. On peut partir d'un riff, des paroles, d'une ligne de chant, ou même parfois d'arrangements musicaux, sans mettre de chant dessus. Une fois ce point de départ trouvé, on complète avec ce qu'il manque. Pour Queen of Suffolk County, le banjo est arrivé après, et il s'est avéré être l'élément principal, le truc en plus, après que toute la chanson ait été écrite.

Est-ce que la chanson Mick Jones nicked my pudding est basée sur une histoire vraie ? (Mick Jones était le guitariste-chanteur de The Clash, ndlr)

Voilà ce qu'il s'est passé : il y a quelques années, notre producteur Tedd Hutt travaillait dans un studio à Londres. Il y avait alors plusieurs groupes qui étaient en train d'y enregistrer. Comme dans tous les studios, il y avait un coin commun pour la cuisine, avec un réfrigérateur et tout ça. Ted était très occupé, donc il commandait ses repas, qu'il mettait dans le frigo. Et de temps en temps, il découvrait que son dessert avait disparu. Alors il a commencé à espionner le coin cuisine, pour repérer qui sortait quoi du frigo. Et à un moment, il voit quelqu'un prendre son dessert (il faut savoir qu'en Angleterre, ils appellant toutes les sortes de dessert "pudding") dans le frigo, alors il arrive derrière lui et crie : "Oï, c'est mon p***** de dessert, c'est toi le b***** qui me pique mes p******* de desserts !" Le gars s'est retourné, et c'était Mick Jones, il venait de le prendre la main dans le sac !

En parlant de The Clash, la légende dit que vous deviez enregistrer une chanson avec Joe Strummer pour votre album Blackout en 2003...

Honnêtement, je ne me rappelle pas de cela. Il est possible qu'il y ait eu des discussions à ce sujet, ou une idée émise, mais je ne sais pas si ça a été plus loin qu'une petite séance de brainstorming...

L'album se termine sur I wish you were here, en hommage au père d'Al Barr, le chanteur, récemment décédé. J'imagine que l'enregistrement a dû être très spécial pour vous ?

Oui, le père d'Al, "Woody", a toujours apporté un énorme soutien au groupe, et lui et Al etaient très proches. C'était vraiment un homme bien, et il nous manque beaucoup à tous. Je pense que c'est l'une des plus belles chansons écrites par Al depuis très longtemps...

Il y a une nouvelle version d'une vieille chanson, The Chosen Few, pourquoi la sortir maintenant, et avec ce passage du titre Na Na Kiss Him Goodbye en plein milieu ?

Cela fait maintenant un bon moment que nous voulions la sortir, mais on avait peur qu'elle soit trop centrée sur Boston, et donc que les paroles passent par-dessus la tête de beaucoup de personnes. On l'a donc un peu modifiée pour la rendre un peu plus "nationale". On a mis le passage Na Na Kiss Him Goodbye pour dire au revoir à un idiot qui quittait la Maison Blanche, et dire bienvenue à un autre idiot je suppose...

Il n'y a pas de reprises sur cet album, alors que c'est quelque chose que vous faites très souvent (The Irish Rover, Wild Rover, Fileds of Athenry, You'll never walk alone...)...

Tu as raison. Il n'y a pas de reprises sur cet album, que des chansons originales. Les reprises sont principalement arrivées parce que nous écoutons et adorons beaucoup de chansons traditionnelles irlandaises. Cependant, juste continuer à faire des reprises parce que nous en avons fait sur tous les albums précédents serait une erreur. Je pense que nous avons déjà fait quasiment toutes les chansons auxquelles nous pouvions rendre hommage. Ce n'est pas comme si on allait se mettre à reprendre Danny Boy ou ce genre de titres ahah...

Après Streaming Up From Boston en 2020, vous faites St. Patrick’s Day Stream 2021...Still Locked Down, un concert gratuit en streaming pour la Saint Patrick : c'est important pour vous, de continuer à garder le contact avec les fans ?

Oui, parce que sans les fans nous ne serions absolument rien, et il semble que beaucoup de personnes souffrent de solitude, de dépression, et de manque de musique en live. Donc durant cette période étrange, cela nous semblait la seule manière de pouvoir faire quelque chose pour eux.

Les Dropkick Murphys ont 25 ans cette année. Est-ce que tu aurais pu imaginer que le groupe allait devenir un symbole de la ville de Boston, comme les Red Sox, les Celtics, ou les livres de Denis Lehane ?

Non. On ne jouait que dans des petites salles, faisions des tournées dans le pays dans un van, en dormant à 5 dans une chambre d'hôtel, avec certains d'entre nous sur le sol, et on se faisait chacun 5 dollars par jour si tout allait bien. On espérait devenir assez populaire pour pouvoir continuer à faire cela, mais sans jamais rêver d'atteindre le niveau de popularité que l'on a atteint. Je n'ai certainement jamais rêvé de devenir aussi populaire, ce n'est pas quelque chose que je recherchais, mais j'en suis extrêment reconnaissant. Je peux dire que je suis en quelque sorte fier de moi-même, mais je suis surtout fier du groupe.

Certaines décisions prises par le groupe dans le passé sont parfois allées à l'encontre de ce que j'aurais souhaité, mais Ken (Casey, le co-chanteur et autre membre historique, ndlr) a toujours cherché à pousser le bouchon plus loin, et c'est la principale raison de notre succès et de notre longévité : prendre notre chance et ne pas se contenter de faire uniquement ce que l'on attend de nous. Je dirais que c'est lui qui a de quoi être le plus fier : il a fondé le groupe, et n'a cessé de le rendre de plus en plus fort.

Est-ce que tu penses que votre musique serait différente si vous n'étiez pas originaires de Boston ?

Je pense, oui, probablement. Boston a ce "je ne sais quoi" en plus : une atmosphère, une attitude, qui diffère beaucoup des autres villes. Il y a ici un certain feeling, et une approche de la vie, c'est tout ce que je peux dire là-dessus. C'est juste différent (EN MIEUX !), je suppose...

Quelle est ta chanson préférée sur cet album ?

J'adore la chanson qui donne son titre à l'album, Turn up that dial. Ça me fait penser à un mix entre les Dropkick Murphys et Supernaut de Black Sabbath. Ça sonne comme nous, mais ça "rock" un peu plus dur que dans la plupart de nos autres chansons, avec un rythme quasi-martial.

On a maintenant l'habitude de vous voir au Zénith de Paris et au Hellfest tous les 2 ans à peu près. Sais-tu quand vous pourrez revenir en France ?

J'espère par la grâce de Dieu que nous serons en tournée le plus tôt possible. Jouer des concerts et voyager me manque énormément...

Si vous pouviez faire la bande originale d'un film avec les Dropkick Murphys, lequel choisirais-tu ?

Peut-être que si Alejandro Jodorowsky faisait un dernier film, on pourrait en faire la bande originale... Parce que La Montagne Sacrée et El Topo sont des films tellement épiques, fous, et bizarres !

Selon toi, quel est le meilleur endroit, la meilleure situation, pour écouter et apprécier Turn up that dial, votre nouvel album ?

Je dirais à environ 6h30 du matin, en buvant du café noir, sur la lune.

En attendant la sortie de Turn up that dial, le nouvel album des Dropkick Murphys, pour le 30 avril prochain, retrouvez-en 4 premiers extraits ainsi que toute la discographie du groupe sur les plateformes de streaming Napster et Deezer, disponibles avec votre forfait mobile SFR.

Et pour la Saint Patrick, les Dropkick Murphys seront en concert en streaming sur YouTube, à partir de minuit :

Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix Rédacteur