"Hi, my name is Mark"
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Mark Hoppus de blink-182 : "Je suis perturbé"

"Hi, my name is Mark" © Sébastien Delecroix / SFR Actus

Pour la promo du nouvel album NINE de blink-182, nous avons pu parler longuement avec Mark Hoppus, le bassiste-chanteur et désormais seul membre d'origine du groupe.

Est-ce que tout va bien ? Non parce que tu n'avais jamais écrit de paroles aussi sombres dans un album de blink-182 que dans NINE…

Je vais bien, je vais bien. Même si je trouve que le monde est vraiment étrange en ce moment. Les gens sont anxieux et ces deux dernières années ont révélé ce qu’il y avait de pire chez les humains. J’ai l’impression que le monde est un peu au bord du précipice… Je voulais parler de tout ça sur cet album.

Une tournée de trois mois aux États-Unis, un nouvel album avec Blink, deux EPs avec Simple Creatures : pas trop fatiguant 2019 ?

Je suis crevé ! (rires) Je suis super fatigué mais super content. J’adore faire de la musique, travailler avec des gens créatifs, faire des choses différentes… Professionnellement je suis très heureux en ce moment. Mais dans ma tête je suis perturbé, je trouve vraiment le monde étrange. J’ai l’impression que les gens sont partagés entre ce qui est bien et mal dans le monde…

Vous sortez de la tournée Enema of the State aux États-Unis, c’était comment de replonger dans ces anciens morceaux pour les 20 ans de l’album ?

C’était vraiment cool de se retrouver à jouer ces chansons 20 ans après et constater que les gens connaissaient chaque chanson, chaque parole. Alors que beaucoup d’entre eux n’étaient même pas nés quand Enema of the State est sorti ! Ils ont grandi en l’écoutant avec leurs parents ou d’une autre façon, mais il y en a qui sont venus pour leur tout premier concert, de Blink ou tout simplement de rock, et pour des chansons qui ont 20 ans. C’est génial, de voir que des chansons écrites il y a si longtemps continuent de plaire à autant de gens.

Est-ce qu’il y a une vieille chanson que tu aimerais ne plus jouer, mais que vous êtes obligés de faire parce que les fans l’attendent ?

Non non, pas vraiment… Enfin… Bon, il y a des chansons qui techniquement ne sont pas super intéressantes à jouer, comme All The Small Things, qui est pourtant une super chanson. Mais on ne peut pas faire un concert sans jouer All The Small Things, parce que les gens veulent l’entendre ! Ce qui est parfait, parce que c’est un super problème à avoir, de devoir jouer une chanson qui a pourtant 20 ans ! (rires)

Cette tournée Enema of the State, est-ce qu'on peut l’espérer en Europe, et surtout en France ?

Nous prévoyons de venir en Europe l’été prochain, mais je ne sais pas si on fera une tournée Enema of the State ou si nous ferons des concerts plus classiques, une tournée davantage centrée sur le nouvel album. C’est en train de se mettre en place, donc je ne sais pas trop encore, si ça sera plutôt en festivals ou en salles…

Pour moi l’album California sonnait comme le chaînon manquant entre Take Off Your Pants and Jacket et l’album éponyme, alors que NINE semble vraiment présenter un nouveau blink-182…

Tout à fait. Je dirais que cet album ne sonne comme rien d’autre de ce que nous ayons pu faire auparavant. Et j’adore ça. Pour moi, dans le groupe, ça me rappelle vraiment l’époque où on a enregistré l’album éponyme. Il y a cette forme d’ambition, cette volonté de faire des choses différentes, de nous déconnecter du reste du monde et d’écrire quelque chose de spécial.

C’est encore une fois John Feldmann à la production : est-il devenu en quelque sorte le quatrième membre de blink-182, un peu comme Jerry Finn pouvait l’être (leur ancien producteur est décédé en 2008, ndlr) ?

On peut dire ça, oui. Sur California, il était clairement le quatrième membre de blink-182 et sur cet album il a travaillé sur probablement tout les morceaux, en produisant directement deux tiers de l’album. On a travaillé avec quelques autres producteurs aussi sur NINE, mais oui, il est très talentueux et a définitivement une grande influence sur Blink.

Qu’est-ce qu’il a apporté ou changé à votre façon de composer ?

La rapidité ! Il travaille vraiment très vite et il nous fait écrire, écrire et encore écrire. Alors qu’avant, on construisait la chanson et je disais à Jerry Finn que je n’avais pas encore de paroles, et que je reviendrais le lendemain avec, et il me disait "OK, cool". Alors qu’avec John Feldmann, c’est plutôt : "Tu n’as pas encore de paroles ? Ok, tu as cinq minutes, va dans cette pièce et écris-les !" (rires)

Pourquoi avoir fait appel à autant de songwriters sur cet album ? Il y en a pour 14 titres sur 15….

Nous enregistrons vraiment différemment maintenant. Avant on arrivait en studio en ayant tout écrit à l’avance et on enregistrait simplement les chansons qui étaient déjà prêtes. Maintenant on va en studio sans rien et on se met à enregistrer nos idées quand elles viennent. On écrit et on enregistre quasiment en même temps. Et la production a énormément changé. Avant un producteur s’asseyait dans un fauteuil, restait derrière sa console et enregistrait, en donnant parfois son avis. Maintenant ce sont des gens créatifs réunis dans une pièce tous ensemble et c’est vraiment bien de pouvoir avoir différentes influences et idées dans une même pièce.

La seule chanson uniquement écrite par vous trois est On Some Emo Shit, qui est une nouvelle très bonne chanson sur la rupture, comme Dammit par exemple. Combien de ruptures as-tu connu dans ta vie pour les mettre si bien en musique ?

(Rires) Ce n’est pas seulement à propos de moi. Certaines histoires sont arrivées à des amis ou à des proches, ou même dans des livres que j’ai pu lire ou des films que j’ai vu. Les chansons de rupture sont très universelles.

Comment se passe la composition avec Matt (Skiba, qui a rejoint Blink en 2016 pour remplacer Tom DeLonge, ndlr) ?

Ça dépend vraiment, il n’y a pas du tout de règles. Il y en avait avant, au début du groupe. Si j’avais écrit une chanson, c’était moi qui allais la chanter, si c’était Tom, c’était lui qui allait la chanter. Maintenant avec Matt, on regarde nos notes à la fin de l’enregistrement d’un album et on se demande qui a écrit quoi, on ne parvient plus à se rappeler clairement. Ça dépend vraiment de quelle voix fonctionne le mieux avec chaque partie.

Heaven semble être une chanson très personnelle. De quoi parle-t-elle ?

Généralement, je ne sais pas tout de suite de quoi une chanson peut parler, je ne le comprends que des semaines ou des mois après. Pendant qu’on écrivait cette chanson, il y a eu une fusillade dans un bar à Woodland Hills, là où on enregistrait (un drame qui fait 12 victimes, ndlr). Cette chanson parle donc du problème des armes à feu aux États-Unis.

Comment décides-tu quand une chanson va être pour Blink ou pour ton autre groupe, Simple Creatures ?

Pour moi c’est très simple : une chanson va être pour blink-182 quand je l’enregistre en studio avec Travis et Matt et pour Simple Creatures quand je suis en train de travailler avec Alex (Gaskarth, le chanteur de All Time Low, ndlr). Après c’est sûr qu’il y a des passages qui pourraient convenir à l’autre groupe et réciproquement. Mais on travaille très dur dans Simple Creatures pour ne pas avoir des chansons qui sonnent comme du All Time Low ou du blink-182. Parce que les gens se demanderaient justement pourquoi je n’ai pas fait cela avec Blink. Et ce projet, c’est quelque chose de cool et fun d’avoir à côté.

Comment est venue l’idée de la surprenante chanson Ransom ?

Le début de la chanson est vraiment très posé et puis il y a une explosion, elle se transforme en punk rock très rapide. Il me semble que c’est une idée de Travis à la base pendant qu’on enregistrait et j’adore l’idée de combiner ces deux ambiances sur une seule chanson.

Est-ce que Generational Divide (une chanson punk rapide dont les paroles du refrain disent "est-ce que c’est mieux comme ça ?", ndlr) a été écrite en réponse à la réaction des fans à propos du premier single Blame It On My Youth (très pop et très critiqué, ndlr) ?

En fait Generational Divide a été écrite largement avant Blame It On My Youth, c’est l’un des tout premiers titres qu’on avait pour cet album. Et elle parle d’une dispute que j’ai eu avec… mon fils. En fait de la même façon que j’adore le fait que Ransom soit en deux parties, c’était aussi l’idée au départ pour Generational Divide. Le début de la chanson sonnait un peu comme les Beatles, avec quelque chose de très psychédélique, mais on préférait largement la partie rapide à celle plus lente du début, alors on n’a gardé que la fin.

Donc les fans ont cru que les paroles de Generational Divide leurs étaient destinées, alors qu’elle venaient d’une dispute avec ton fils… Est-ce que les fans de Blink ne sont pas un peu comme tes enfants finalement ?

(rires) Oui, en quelque sorte. Mais tu sais, c’est super, parce que les gens interprètent les paroles à leur manière. Ils sont là à se dire "oh cette chanson parle de Tom qui quitte le groupe", "cette chanson est une réaction à ce que les gens pensent de Blame It On My Youth", "cette chanson parle de ça". La plupart du temps, ce n’est pas du tout ça, mais j’adore le fait que nos fans soient si impliqués qu’ils développent leurs propres idées sur les chansons, un peu comme des théories du complot. (rires)

Justement, est-ce que I Really Wish I Hated You parle de Tom ?

(rires) Non, pas du tout. C’est une autre chanson de rupture, mais ce n’est pas à propos de Tom. Et c’est bizarre, parce que je peux comprendre pourquoi les gens pensent que certaines chansons parlent de la fin de notre groupe. Mais I Really Wish I Hated You est spécifiquement une chanson d’amour, donc ça serait très étrange qu’elle soit à propos de Tom… (rires)

Quand as-tu parlé à Tom pour la dernière fois ?

Juste avant la tournée qu’on vient de terminer. Donc je dirais à la fin du printemps, en mai ou en juin.

Et s’il t’appelait pour te dire "je veux revenir dans Blink-182", que répondrais-tu ?

Je ne sais pas. Il l’a fait. Et on a déjà eu cette conversation quand on s’est reformé en 2009. Mais j’ai l’impression que Tom est très heureux à faire ce qu’il fait en ce moment et nous le sommes aussi dans ce que nous faisons avec Blink en ce moment.

Après le deuxième départ de Tom en 2015 (le groupe s’était déjà séparé de 2005 à 2009, ndlr), pourquoi avoir continué sous le nom blink-182, et pas continué en tant que +44 par exemple, le groupe que tu avais fondé avec Travis ?

Nous voulions continuer à assurer l’héritage de blink-182. On a compris que Tom ne voulait pas aller en studio pour enregistrer et continuer à en faire partie, mais Travis et moi en avions toujours envie. Et honnêtement, on a appelé Matt pour pouvoir jouer sur quelques concerts que nous ne voulions pas annuler et ça a fonctionné de façon tellement naturelle avec Matt, qui était notre ami depuis si longtemps, qu’on ressentait l’esprit blink-182. Il est arrivé et a fait du très bon boulot sur les concerts, c’est un bon guitariste, un bon ami, un bon songwriter et un bon chanteur, donc tout s’est fait naturellement.

Est-ce que c’est le side project de Tom, Box Car Racer, avec Travis, qui a été la première source de tensions dans le groupe ?

Ça a été une vraie source de tensions à l’époque, oui. Mais ça a duré pendant quelque chose comme trois mois, puis Tom et moi en avons parlé et tout allait mieux. Ce n’était pas très cool pour moi de ne pas savoir qu’il montait un autre groupe, sans m’en avoir parlé. Mais il m’a invité à chanter sur un titre, c’était vraiment bien qu’il me demande de le faire et j’ai vraiment aimé participer.

Quelle est ta chanson préférée sur NINE ?

Darkside. Je pense que c’est vraiment une super chanson. C’est Matt qui chante sur quasiment tout le morceau et il déchire tout. J’adore la production, le refrain est vraiment catchy, j’adore la vidéo qu’on a fait. C’est une pure chanson !

Et dans toute l’histoire de blink-182, quelle est ta chanson préférée ?

Si je ne devais en choisir qu’une… ça serait What’s My Age Again ?.

Beaucoup de groupes de punk rock se sont formés, ont commencé à écouter ou faire de la musique après avoir écouté blink-182. Qu’est-ce que cela te fait d’avoir une telle influence ?

Je suis très honoré que l’on ait pu influencer des groupes, ou donner l’envie de se mettre à la guitare, à chanter ou à jouer de la batterie. C’est un immense honneur. J’hallucine encore aujourd’hui… Il y a d’abord eu des groupes comme Fall Out Boy ou All Time Low, puis Panic at the Disco !, et maintenant il y a même des artistes hip-hop comme Juice WRLD qui ont grandi en écoutant blink-182. Et j’adore l’idée que le rap et le rock puissent ainsi se croiser.

Le pop-punk était partout il y a 15-20 ans, avec le succès des Good Charlotte, New Found Glory, Sum 41… As-tu une explication sur son déclin ?

J’ai l’impression que ça revient en ce moment. En tout cas aux États-Unis il y a beaucoup de groupes de pop-punk qui commencent à sortir et qui se portent très bien. Mais c’est dur d’être dans un groupe maintenant, ça demande trois, quatre ou cinq personnes complétement dévouées à ça, qui ont le temps de pratiquer leur instrument, de se retrouver ensemble et de faire en sorte que les choses se passent. C’est difficile. Mais ce qu’il y a de bien quand on a un groupe aujourd’hui, c’est que c’est vraiment beaucoup plus facile d’enregistrer. Ça coûte beaucoup moins cher. Avant il fallait économiser super longtemps pour pouvoir se payer un studio, un ingénieur du son, les cassettes et tout ce genre de choses. Et maintenant tu peux faire de très bons enregistrements avec un simple laptop et un bon micro. C’est super. Mais c’est difficile d’être dans un groupe.

Selon toi, quel est la meilleure façon d’écouter NINE pour l’apprécier ?

En voiture ! Pour moi c’est un moment bien particulier, quand tu conduis et que tu écoutes de la musique en voiture, c’est le test ultime pour savoir si un album est bon ou pas. Si tu te retrouves à passer des chansons, ce n’est pas bon signe. Par contre, il y a des chansons que tu as envie de passer en boucle, alors c’est que c’est très très bon…

Tu es dans blink-182 depuis 25 ans maintenant. Comment vois-tu les 25 prochaines années ?

Je veux continuer à écrire de la musique toujours meilleure et différente sur chaque album et voir ce qu’on peut faire avec Blink. On a commencé ce petit groupe tout pourri dans un garage à San Diego et on se retrouve dans un hôtel super luxueux à Paris, à parler de musique. On est vraiment chanceux de faire ce que l’on fait, mais je veux continuer à essayer de faire toujours mieux.

Sébastien Delecroix
Par Sébastien Delecroix Rédacteur