Matt Skiba, Mark Hoppus et Travis Barker de blink-182
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Plus pop, plus sombre, le nouveau blink-182 est arrivé

Matt Skiba, Mark Hoppus et Travis Barker de blink-182 © Sony Columbia

NINE n'est pas seulement le neuvième et nouvel album du groupe californien. Il marque aussi un nouveau départ pour blink-182, avec un virage ultrapop surprenant, mais incroyablement efficace.

En 2015, Mark Hoppus et Travis Barker annoncent le départ de Tom DeLonge, guitariste-chanteur et membre fondateur de blink-182. Si vous ne voyez pas, c'est celui qui a une voix de canard... Ce dernier a des tonnes de projets en tête et ne peut plus se consacrer à 100% au groupe. C'est vrai que derrière, il va sortir de nombreux livres, bandes dessinées et même fonder une société qui se consacre... à la recherche de la vie extra-terrestre. Après tout, Aliens Exist, comme il chantait sur Enema of the State...

Hoppus et Barker embauchent donc Matt Skiba d'Alkaline Trio pour le remplacer et cette nouvelle version de blink-182 sort l'album California en 2016. Malgré le changement, on se retrouve avec un très bon album, surtout dans son édition deluxe enrichie de 11 titres. On a alors l'impression d'entendre le disque qui aurait manqué entre Take Off Your Pants and Jacket et Blink-182 de 2004. C'est punk, c'est pop, c'est frais, Blink semble déterminé à continuer à faire du Blink. Sauf que non.

NINE, le huitième album de blink-182

Les premiers singles lâchés par le groupe ont annoncé la couleur : NINE est très différent de tout ce qu'a pu faire le groupe auparavant. Les chansons sont très pop (Hungover), avec une production ultra léchée (Blame It On My Youth), qui abuse parfois de l'autotune ou d'effets divers et variés. En même temps, Blink a cette fois encore collaboré avec John Feldmann, également producteur de 5 Seconds of Summer ou Good Charlotte. Il a d'ailleurs co-écrit la plupart des morceaux du disque, en compagnie de nombreux songwriters impliqués, dont Alexandra Tamposi, qui bosse généralement pour Camilla Cabello ou One Direction. Pas franchement punk, tout ça... Pourtant le titre qu'elle co-signe, I Really Wished I Hated You (qui parle peut-être de Tom ?), est une jolie réussite, avec des paroles au top. Car s'il y a bien quelque chose qui n'a pas changé pour Blink-182, c'est le talent pour faire des chansons de rupture...

Ce qui tombe bien, car malgré la pochette de l'album tellement fluo qu'elle pourrait même donner des caries aux yeux, le propos dans ce nouvel album est incroyablement sombre, avec une ambiance rappelant les hits Adam's Song ou Stay Together For The Kids. Mark Hoppus a confessé en interview ne plus avoir envie d'écrire des chansons rapides avec des blagues pipi-caca dedans. Après tant d'albums de l'immaturité, un virage semble donc avoir été amorcé, et de fort belle manière. Happy Days et Heaven, en début d'album, font partie des ces titres mid tempo dont les refrains restent en tête des heures après (surtout Heaven), et où Hoppus semble n'avoir jamais aussi bien chanté.

Pas peur de se péter le refrain

Matt Skiba semble également plus à l'aise, après avoir cherché à remplacer Tom DeLonge en copiant un peu ses lignes de chant et riffs de guitare sur California. Il fait des merveilles sur Black Rain, une des chansons les plus expérimentales de l'album qui sonne comme du Alkaline Trio période Crimson. Et que dire de sa prestation démentielle sur No Heart To Speak Of, titre déjà plébiscité par les fans sur les réseaux sociaux ? Sa performance vocale (on a l'impression que ses cordes vocales vont nous exploser dans les oreilles à chaque seconde) impresionne, de même que le travail de sape effectué par Travis Barker à la batterie. Mais ça, c'est une constante sur les albums de blink-182.

Très déconcertant à la première écoute ("heu, il n'y a pas de guitare électrique ou quoi ?"), NINE s'apprécie de plus en plus au fil du temps, avec des petits détails dans les arrangements (le riff d'Adam's Song dans une autre tonalité sur la fin de Black Rain, c'est cadeau), mais surtout grâce à son armée de refrains ultra-catchy, qui se retiennent dès la première écoute. À ce petit jeu, le très puissant titre d'ouverture First Time, Run Away et ses faux airs de Linkin Park, l'exceptionnelle Pin the Grenade ou l'énorme tube Darkside sont les grands vainqueurs. Et comme il fallait mettre un peu de punk au milieu de toute cette pop qui dégoûline, le trio n'a pas oublié de lâcher les 49 secondes de Generational Divide, ou une grosse surprise qui fait du bien quand le compteur arrive à 00:45 sur Ransom.

The Mark, Matt and Travis show

Alors certes, ce n'est pas le blink-182 de la fin des années 1990. NINE ressemble énormément à Blink-182, l'album éponyme qui avait marqué un tournant dans la carrière du groupe. Non pas dans le son, très différent, mais dans la proposition d'évolution qui est faite. Le nouveau Blink est arrivé, mais se rappelle quand même du passé avec des titres comme First Time ou On Some Emo Shit, qui sonnent comme du Take Off Your Pants and Jacket avec une production de 2019. La deuxième citée est d'ailleurs la seule chanson uniquement composée par Mark Hoppus, Travis Barker et Matt Skiba. Et à l'écoute de cette petite merveille au pont dantesque et un refrain où le chant de Skiba fait encore des merveilles, on se dit qu'ils n'ont peut-être pas forcément besoin d'une armée de songwriters à leurs côtés...

Le nouveau blink-182 est arrivé. Pas seulement le nouvel album. Mais le nouveau groupe. Plus de compos à trois accords, avec des blagues scatophiles en guise de paroles, de tempo à 280 bpm à soutenir, mais des chansons pop ultra-calibrées, et une ambiance incroyablement mélancolique, comme sur le superbe final laissé à Remember To Forget Me, chanson pleine d'émotions taillée pour les stades.

Par contre, on ne va pas se mentir, quand on connaît les faiblesses du groupe en live, surtout au chant, quand blink-182 va tenter de jouer ces nouveaux titres, ça risque de ne pas être très joli à entendre... NINE est un album taillé pour les radios, pas forcément pour la scène. Enfin ça, on pourra le vérifier en 2020...

Sébastien Delecroix
Par Sébastien Delecroix Rédacteur