Sum 41 lors de son passage au fesival Sziget à Budapest en 2016
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Sum 41 : un soupçon de punk, un peu de pop et un max de metal !

Sum 41 lors de son passage au fesival Sziget à Budapest en 2016 © ATTILA KISBENEDEK / AFP

De retour avec son nouvel album Order in Decline, le groupe canadien reprend sa quête de gros riffs et de mélodie, en partant dans tous les sens. Pour le metal et pour le pire...

Le seul groupe de pop-punk que les métalleux peuvent supporter

Voilà comment on pouvait considérer Sum 41 dans les années 2000, quand le groupe emmené par le guitariste-chanteur Deryck Whilbey cartonnait à grands coups de tubes comme Fat lip ou In too deep, en même temps que Green Day, Blink-182, New Found Glory, American Hi-Fi et tous ces groupes à la sauce Converse. Mais dès leurs débuts, ces punks-là mettaient de grands riffs de metal dans leurs compos, jouaient du Metallica en live et se démarquaient des autres formations que l'on retrouvait sur les BOs des films de la saga American Pie. L'incroyable Does This Look Infected?, puis surtout Chuck, étaient des albums qui allaient par la suite confirmer cette tendance : chez Sum 41, on aime autant le metal qu'on apprécie la tartiflette dans les stations de ski. Et depuis le retour de Dave "Brownsound" Baksh à la guitare pour 13 Voices en 2016, c'est encore plus évident.

Dès la pochette, le nouvel album Order in Decline reprend les guitares là où elles étaient restées posées : près des amplis. On retrouve une esthétique très metal, avec un fond noir, de la tête de mort et des flammes. Et surtout, des bons gros riffs influencés par Slayer ou Iron Maiden dans tous les coins d'une galette qui ne manque pas d'énergie. On commence avec Turning away, dont les premières notes font énormément penser au thème de Batman. Si, si, écoutez, c'est troublant. L'intro est épique, mais quand le cuplet débute, ce n'est pas l'explosion espérée. On espère partir à fond la caisse en Batmobile et on se retrouve à faire du trampoline avec Robin. Heureusement les refrains remettent le pied sur l'accélérateur et la déflagration attendue survient juste ensuite sur la très bonne Out for blood, qui semble être sortie du tiroir dans lequel Sum 41 rangeait ses compositions à l'époque de l'enregistrement de Chuck. Riff metal, rythmique heavy et refrain imparable, on tient là le gros tube de l'album, une sorte de best of du groupe en 3:36 minutes.

Ça va, pas trop le Sum ?

Mais au milieu de ces déflagrations qui font penser que Sum 41 est de retour plus en forme que jamais, on retrouve des expérimentations qui nous ramènent plutôt sur la période Screaming Bloody Murder et ça, c'est une aussi bonne idée que de vouloir faire une omelete avec son vomi... Il y a par exemple Heads will roll, une chanson tellement poussive qu'elle finit en fade out, cette technique consistant à diminuer progressivement le volume pour finir un titre qu'on ne sait pas comment achever. The new sensation porte bien mal son nom également, faisant beaucoup trop penser à un mauvais titre de Muse, de la même façon que The people VS... sonne comme si Dexter Holland de The Offspring avait composé une mauvaise chanson avec les membres de Slayer. Et que dire de Never there ? Sum 41 nous a habitués aux ballades depuis bien longtemps et elles sont plutôt cools en général, mais là, on a vraiment l'impression d'entendre une chanson... d'Avril Lavigne, l'ex-femme du chanteur Deryck Whibley. Alors comme c'est une chanson de rupture, c'est peut-être un hommage à la Sk8ter Girl, mais si on a envie de chansons larmoyantes qui font couler le mascara des emos, autant retourner écouter le premier album de la canadienne... À moins que... et si c'était vraiment pour lui rendre hommage, et que la théorie qui voudrait qu'Avril Lavigne soit morte et remplacée par une certaine Mélissa soit fondée ? #complot #frissons

Alors là, on a parlé des titres moins pertinents, mais ceux-ci cohabitent avec d'autres bien plus efficaces qui donneraient même envie de headbanguer à Mr.Propre. A death in the family est de cette catégorie, avec sa pure ligne de basse et un refrain tubesque amené par un pré-refrain qui fait parfaitement monter la sauce, comme Sum 41 sait si bien le faire. Avec en cadeau bonus un petit solo qui rappelle que si le groupe a toujours était associé à une génération de branleurs, les seuls manches qui l'intéressait étaient ceux des guitares. Charge contre Trump aussi virulente dans les riffs que dans les paroles, 45 (A matter of time) vient remettre les amplis dans le rouge, tout comme Eat you alive, tandis que Catching fire vient conclure l'album de très belle manière. Si les couplets font penser à du Green Day période American Idiot (la chanson Whastername), l'envolée lyrique du refrain est absolument épique, avec des chœurs taillés pour faire chanter les stades et les salles. Un peu comme Coldplay. Enfin non, mais vous voyez ce qu'on veut dire...

Comme sur les derniers albums de Sum 41, il y a à boire et à manger dans Order in Decline, pas de tubes aussi fédérateurs que Still waiting ou We're all to blame, mais largement de quoi continuer à satisfaire les fans tout en poursuivant l'évolution musicale du groupe. Avec Sum, pas de quoi avoir le seum, en somme...

Deryck Whibley lors du passage de Sum 41 au festival Rock Am Ring en Allemagne en 2017
Deryck Whibley lors du passage de Sum 41 au festival Rock Am Ring en Allemagne en 2017 © Thomas Frey / DPA / AFP
Par Sébastien Delecroix