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Pour The New Abnormal, The Stokes ont choisi Bird on Money, une œuvre de 1981 signée Jean-Michel Basquiat
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The Strokes, grand retour à l'Abnormal

Pour The New Abnormal, The Stokes ont choisi Bird on Money, une œuvre de 1981 signée Jean-Michel Basquiat © RCA

On ne savait pas trop où en étaient The Strokes, sans nouveau disque depuis 7 ans, à part un EP passé inaperçu en 2016, et des carrières solos bien prenantes, notamment pour le chanteur Julian Casablancas. Et finalement, en 2020, le groupe new-yorkais revient à la surprise générale, avec The New Abnormal, un nouvel album. Retour gagnant, ou simple parenthèse ?

En février, les fans des Strokes ont eu la douce surprise de découvrir sur les réseaux sociaux l'annonce d'un nouvel album, et même d'une série de concerts "intimistes" (l'Olympia à Paris), alors que les rumeurs de split du groupe étaient au moins aussi nombreuses que celles de la reformation d'Oasis...

Adulés au sein de la scène indie-rock depuis la déflagration de l'album Is This It en 2001, les Strokes ont décidé de bien s'entourer pour ce retour au premier plan. Dès la pochette, déjà, avec une œuvre de Basquiat, Bird on Money, très graphique et colorée, typique de l'artiste à propos de qui vous entendez forcément une personne dire "on dirait des dessins d'enfant" quand une exposition lui est consacrée... Et pour le son, c'est Rick Rubin qui a été choisi. Une sélection étonnante, le bonhomme étant surtout habitué des grosses productions dans -vraiment- tous les genres (Slayer, Shakira, Linkin Park, Eminem, Weezer...). Un peu comme si Saoirse Ronan, spécialisée dans les films indépendants (Lady Bird, Reviens-moi...) décidait de tourner dans le nouveau film de Michael Bay (Transformers...). Mais des fois, les choix de casting audacieux sont payants. Et c'est clairement le cas pour The New Abnormal.

Dès le titre d'ouverture, The Adults Are Talking, on retrouve tout ce qui fait le charme des bonnes chansons des Strokes, avec la voix de Julian Casablancas qui traîne son spleen, mais de façon moins sombre que Matt Berninger de The National, sans aucun doute le maître en la matière. Avec les guitares qui se répondent magnifiquement, et une rythmique bien catchy, on commence donc cette écoute des neuf titres qui composent The New Abnormal avec le genre de titre rock qui a fait tout le succès du groupe. Mais avec une approche mois garage et agressive qu'aux débuts, évidemment. Après tout, 19 ans sont passés par là...

Quand The Strokes reprend Billy Idol

La formule s'est donc assagie depuis plusieurs albums, mais conserve tout de même une approche ultra-dynamique, comme le prouve l'incroyable Brooklyn Bridge To Chorus, et ses claviers frétillants, bien décidés à donner à la chanson des airs de tube de l'été, si les tubes de l'été c'était bien... Mais avec son refrain proche de la perfection, le titre constitue l'un des grands moments du disque, et sans doute un nouveau classique au répertoire des Strokes. Il n'est d'ailleurs pas sans rappeler Hot Hot Heat, groupe canadien qui n'aura jamais rencontré le succès qu'il méritait. Bad Decisions, juste derrière, est une autre petite pépite, et si l'air vous dit tout de suite quelque chose, c'est normal : la mélodie reprend celle de Dancing With Myself de Billy Idol (il est crédité, ce n'est donc pas du plagiat). Ce début de disque est plutôt épique, et contraste forcément avec la suite, plus mélancolique.

Ce qui se ressent dès la lecture des titres, qui parlent d'eux-mêmes : Why Are Sundays So Depressing ou Not The Sames Anymore. Charmant programme, non ? Les guitares se font langoureuses, pour des chansons à écouter à sa fenêtre, le regard dans le vide, les jours de pluie. Tout comme At The Door, premier single de l'album, où de grosses nappes de synthé accompagnent un Julian Casablancas qui semble n'avoir jamais aussi bien chanté. En plein milieu du disque, Eternal Summer porte également très bien son titre, avec une mélodie plus enjouée, qui ferait presque penser à du Two Door Cinema Club.

The New Abnormal semble bien avoir été pensé comme un vinyle, avec une face A énergique et une face B mélancolique. Deux salles, deux ambiances, pour un même disque, qui s'achève en beauté, dans un spleen total sur Ode To The Mets, baroud d'honneur à la mélodie accrocheuse, ou 5 minutes et 51 secondes d'un au revoir déchirant. Mais ce n'est qu'un au revoir. Car avec ce sixième disque, The Strokes font un retour en grâce inespéré, reprenant leur place de grand groupe de rock. Un retour "à l'Abnormal", en somme...

Vous pouvez retrouver The New Abnormal et toute la discographie de The Strokes sur Napster.

Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix Rédacteur