Harry Kane, capitaine de l'équipe d'Angleterre, et Membre de l'Ordre de l'Empire Brintannique
Football

Harry Kane, l’ouragan de Tottenham

Harry Kane, capitaine de l'équipe d'Angleterre, et Membre de l'Ordre de l'Empire Brintannique © Victoria Jones / AFP

À 25 ans, Harry Kane est déjà une légende vivante au sein de son club, qui ne cesse de monter en puissance sous la direction de Mauricio Pochettino. Pourtant, il vient de loin. Très loin...

Pas assez canon pour les Gunners

C’est arrivé, ça arrive et ça arrivera à chaque club : passer à côté d’un jeune joueur qui finira par devenir un phénomène. Pour Harry Kane, c’est Arsenal qui se mord aujourd’hui les doigts de ne pas l’avoir conservé. Le petit blond n’avait alors que huit ans, mais n’a pas convaincu le club londonien, qui au bout d’une saison le laisse retourner dans son petit club local de Ridgeway Rovers. Là où un certain David Beckham a lui aussi débuté… À 11 ans, c’est finalement l’ennemi héréditaire d’Arsenal, Tottenham, qui récupère l’avant-centre… Qui enchaîne déjà les buts à une vitesse supersonique. En 2009-10, avec les moins de 18 ans des Spurs, il inscrit 18 buts en 22 rencontres. Mais sans pour autant avoir sa chance en équipe première… Il doit donc se résoudre à faire comme de nombreux jeunes anglais : partir en prêt dans les divisions inférieures pour trouver du temps de jeu, faire ses preuves et se forger le caractère.

4 clubs en 3 ans

En 2011, il rejoint Leyton Orient pour six mois. Il inscrit 5 buts en 18 matches, avec notamment un doublé en cinq minutes. De retour à Tottenham, il ne doit se contenter que de petits bouts de matchs sans enjeu en Coupe d’Europe. Il en profite quand même pour inscrire son premier but sous le maillot blanc face aux irlandais des Shamrock Rovers. Mais dès le mois de décembre, il doit repartir pour avoir du temps de jeu.

Celui que l’on compare parfois à Ryan Gosling (il serait son sosie - de loin) reste toujours à Londres, direction Millwall, où il finit la saison en boulet de canon, marquant à sept reprises en 13 rencontres. Il est élu meilleur jeune joueur de la saison du club et revient à Tottenham en confiance. Il est intégré au groupe professionnel et fait même ses débuts en Premier League... avant d’être prêté à Norwich à la toute fin du mercato. Un voyage pour rien, Harry se blessant et ne prenant part qu’à seulement cinq matches. Tottenham le rappelle donc à l’hiver… pour le renvoyer en prêt, mais cette fois à Leicester. Il va pouvoir ainsi contribuer à la remontée des Foxes en Premier League, en disputant 15 rencontres pour seulement deux buts inscrits. À déjà 20 ans, le grand espoir a vraiment du mal à percer…

La goal machine est lancée !

On est donc très loin de la trajectoire des Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Wayne Rooney ou Kylian Mbappé, lancés dans le grand bain en pleine adolescence. Kane a dû être patient, ronger son frein. Numéro 37 sur le dos, il passe la première partie de la saison 2013-14 à cirer le banc de Tottenham. Une fois le coach portugais André Villas-Boas limogé, son remplaçant Tim Sherwood en fait un titulaire à la pointe de l’attaque. C’est le 7 avril 2014, à 21 ans, qu’il décroche enfin sa première titularisation en Premier League. Il finit très bien la saison et Mauricio Pochettino, le coach argentin, s’installe chez les Spurs lors du mercato.

C’est le début de la folle ascension du prince Harry. Il commence la saison 2014-15 avec le numéro 18 et en tant que supersub. Il performe tellement qu’il inscrit beaucoup plus de buts que le flop Roberto Soldado, avant-centre normalement titulaire. Il finit par lui prendre sa place et flambe à la pointe de l’attaque. Lors d’un derby chaud bouillant face à Chelsea, Tottenham s’impose 5-3, Kane inscrit deux buts et offre deux passes décisives. Il découvre l’équipe d’Angleterre, porte pour la première fois le brassard de capitaine chez les Spurs à tout juste 22 ans et finit la saison avec un bilan comptable de 31 buts en 51 matches. Il n’a clairement plus de temps à perdre.

La chasse aux records

Harry Kane revêt alors le numéro 10. Tout de suite, ça fait beaucoup plus stylé. Et les buts continuent de pleuvoir. Il finit deux saisons de suite en tant que meilleur buteur de Premier League et commence à rivaliser en termes de stats avec les monstres Ronaldo et Messi, qu’il dépasse même en 2017 devenant le meilleur buteur de la planète sur l’année, avec un total hallucinant de 56 buts en 54 matches. Histoire de comparer, le second, Lionel Messi, en a inscrit 54… en 64 matches.

Il bat aussi le record vieux de 1995 d’Alan Shearer sur le nombre de buts inscrits en Premier League sur la même période. En 2017-18, il inscrit 31 buts, soit le record de Premier League à égalité avec Ronaldo et Suarez. Pas de bol, Mo Salah bat ce record la même année avec 32 buts marqués. Pas de troisième titre de meilleur buteur d’affilée pour Harry Kane, mais une quatrième saison à plus de 25 buts. Juste démentiel. Il enchaîne sur la Coupe du Monde, avec la sélection anglaise dont il est désormais capitaine. L’Angleterre finit quatrième et Harry Kane meilleur buteur de la compétition avec six buts inscrits. Au classement du Ballon d’Or 2018, il se classe dixième…

Et maintenant, place aux trophées ?

Alors qu’il est sans doute le meilleur avant-centre du monde à l’heure actuelle et qu’on l’annonce plus ou moins régulièrement au Real Madrid, Harry Kane est toujours à Tottenham. Si le club n’a rien gagné depuis une Coupe de la Ligue anglaise en 2008, les Spurs sont en très nets progrès, s’étant confortablement installés dans le Big Four, allant de plus en plus loin chaque année en Ligue des Champions, comme la finale perdue face à Liverpool cette année. Une croissance liée non seulement à la stabilité apportée par l’entraîneur Mauricio Pochettino, mais aussi aux incroyables performances de son attaquant vedette. Car là où Kane peut avoir plus de mérites que Messi, Ronaldo, Suarez, Mbappé ou Lewandowski, c’est que lui évolue dans un championnat ultra-disputé, et dans un club d’outsiders plutôt que la grosse écurie qui fracasse tout au passage.

Harry Kane a tous les ingrédients pour devenir à Tottenham ce que Steven Gerrard a été pour Liverpool. Un symbole, une légende. En 249 matches, il en est déjà à 164 buts, soit une moyenne de 0,65 buts/match. À 25 ans, il lui reste encore beaucoup de temps pour espérer soulever un trophée avec son club et vraiment entrer dans l’histoire des Spurs. Surtout, avec 125 buts au compteur en Premier League, il peut sans trembler viser le record de 260 buts d’Alan Shearer. Même chose avec l’équipe d’Angleterre, très jeune et qui monte en puissance. Avec les Three Lions, il en est déjà à 22 buts en 37 sélections. Wayne Rooney et ses 53 buts peuvent commencer à trembler, l’ouragan Harry Kane n’a pas fini de tout renverser...

Par Sébastien Delecroix