Vincent Kompany soulève le trophée de la Premier League pour la seconde fois de suite avec Manchester City
Football

Manchester City, champion d’une saison de Premier League historique

Vincent Kompany soulève le trophée de la Premier League pour la seconde fois de suite avec Manchester City © Glyn Kirk / AFP

98 points. 95 buts marqués. 32 victoires en 38 matchs. De chiffres hallucinants qui font de Manchester City les champions d’Angleterre pour la seconde fois d’affilée. Une première depuis le Manchester United de Ferguson, vainqueur en 2008 et 2009.

Liverpoolidor

Cette performance est déjà dingue en elle-même et vient conforter le règne des maillots bleus depuis 2014 : City (2014, 2018 et 2019), Chelsea (2015, 2017) et la surprise Leicester (2016). Pourtant, la saison de Manchester City est moins complète que la précédente, où Pep Guardiola et ses troupes avaient atteint la barre historique et symboliques des 100 points. En vrai, ce qui donne aux allures de ce second titre un air d’exploit, c’est l’incroyable lutte menée face à Liverpool : le leader du championnat aura changé 28 fois entre les deux équipes ! Une course contre-la-montre absolument épique, et un spectacle total.

Les Reds ont réalisé une saison dantesque, remportant la Ligue des Champions et ne perdant qu’un seul match de Premier League (face à… City), terminant avec le meilleur gardien (Allison Becker), le meilleur joueur (Virgil van Dijk), le record du nombre de passes décisives pour un défenseur (Alexander Arnold, 12 passes décisives du haut de ses 20 ans), et pour la tout première fois de la Premier League, deux meilleurs co-buteurs du championnat issus d’une même équipe (Mané et Salah, ex-aequo avec Aubameyang d’Arsenal, 22 buts). Wow.

Les hommes de Jurgen Klopp terminent la saison avec 97 points. Soit à un point de Manchester City. Ce qui fait d’eux les meilleurs deuxièmes de l’histoire du football, tous championnats confondus. Pire, avec un tel total de points, Liverpool aurait été sacré champion dans n’importe quelle saison de Premier League. Sauf celles de 2018 et 2019, remportées par City, donc. Le club de la Mersey n’ayant pu remporter le titre depuis 1990, la performance laisse forcément un goût amer… Mais également un sentiment de fierté. Car sans ce “Liverpoolidor”, perdant magnifique, le championnat anglais aurait ressemblé une vulgaire Ligue 1 : le troisième, Chelsea, est à 25 points du second, et 26 du champion. Un carnage. Manchester City a massacré le royaume.

Le début d’un règne sans partage ?

Dès lors une question se pose : si ce Liverpool hors du commun n’a pas réussi à monter sur le trône, qui le pourrait ? Le Chelsea de Sarri est interdit de recrutement pour la saison prochaine, le Arsenal d’Emery semble encore trop tendre, et Manchester United est encore plus en chantier que Notre-Dame de Paris... On a l’impression qu’avec City, Guardiola Targaryen a trouvé le dragon à chevaucher pour semer la terreur dans le royaume. Seuls Liverpool et Tottenham semblent capables de tenir la distance, et encore... Car en y regardant de plus près, City a joué toute la saison sans son meilleur joueur, Kévin de Bruyne, ou son arrière gauche titulaire (et machine à passes décisives en début de saison) Benjamin Mendy. Avec ces deux forces en présence, le sort de la Premier League aurait-il été réglé bien avant la dernière journée ? Peut-être.

Mais c’est ça la beauté du football : alors que certains héros étaient blessés, de braves soldats ont pris leurs responsabilités. Fernandinho est devenu Jon Snow, le guerrier efficace au beau milieu de la bataille. Sergio Agüero se l’est joué Arya Stark, assassinant les gardiens adverses présents sur sa liste en inscrivant 21 buts, et devenant le meilleur buteur de l’histoire de Manchester City. Et Bernardo Silva, malgré son prénom de sidekick de Zorro, a été un parfait Littlefinger. En plus d’avoir pris à son compte le jeu de City en l’absence de De Bruyne avec un volume de jeu hallucinant, il a parfaitement intégré l’autre arme dont Guardiola équipe ses équipes : le vice. Fautes d’anti-jeu, gain de temps, simulations et réclamations systématiques auprès des arbitres : il a semé le chaos sur les pelouses comme savent si bien le faire les joueurs du Barça. Et le chaos est une échelle. Ajoutons à cela un Raheem Sterling transformé en dragon (17 buts, 15 passes décisives) et un Vincent Kompany, fidèle lieutenant comme Ser Davos, qui passe une nouvelle saison blessé, mais sort d’on ne sait où une frappe des trente mètres en pleine lucarne face à Leicester, dans une avant-dernière journée cruciale pour le titre.

Guardiola a donc du beau monde dans son armée et ces deux saisons incroyables peuvent marquer le début d’un règne encore plus impitoyable que celui de Cersei Lannister. On parle quand même d’un coach qui peut alterner en attaque entre Sterling, Sané, Marhez,Gabriel Jesus, Agüero et Bernardo Silva. Une orgie à laquelle Tyrion Lannister aurait adoré se joindre. Et qui pourrait se prolonger durablement, de la même façon qu’a pu le faire Sir Alex Ferguson à la tête du voisin Manchester United. Une situation envisageable, surtout en parvenant à anticiper le déclin de certains héros fatigués (Kompany, 33 ans, Fernandinho, 34 ans, David Silva, 33 ans, ou dans une moindre mesure Agüero, 30 ans).

En attendant, Manchester City conserve son trône. Et pour espérer aller le reprendre, il va falloir une sacrée armée...

Sébastien Delecroix
Par Sébastien Delecroix Rédacteur