Megan Rapinoe célèbre son (premier) but en quart de finale contre la France, vendredi 28 juin 2019, au Parc des Princes à Paris.
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Megan Rapinoe, une étoile américaine

Megan Rapinoe célèbre son (premier) but en quart de finale contre la France, vendredi 28 juin 2019, au Parc des Princes à Paris. © FRANCK FIFE / AFP

Terreur sur gazon, ovni du milieu de terrain, reconnaissable entre mille avec sa coupe rose bonbon, Megan Rapinoe est LA star du Mondial de football féminin 2019. Pas seulement pour ses prouesses avec le ballon rond. Aussi pour ses prises de parole engagées, clamant haut et fort son homosexualité comme son dégoût envers l’actuel président des États-Unis. Eh oui, la co-capitaine de l’équipe américaine est devenue un phénomène médiatique, une idole même, en incarnant plusieurs héroïnes à la fois : footballistique, LGBT+, anti-Trump. Portrait.

À Redding, ville conservatrice du nord de la Californie, on ne partage peut-être pas les opinions politiques de Megan Rapinoe mais on est ses premiers supporters. On a même rebaptisé un stade de foot et une rue — 15 Rapinoe Way, d’après son numéro de maillot national — à son nom. C’est là que le phénomène du "soccer" féminin a vu le jour, avec sa sœur jumelle, un 5 juillet 1985.

Cadette de six enfants, un brin garçon manqué, elle suit les pas d’un de ses frères aînés en se mettant dès le plus jeune âge (avec celle qui partage son anniversaire, d’ailleurs) au football. Ses parents, une serveuse et un gérant dans le bâtiment, qui ne voteront pas comme elle mais lui apprennent à se battre pour défendre ses valeurs, la soutiennent corps et âme, peu importe le nombre de kilomètres à parcourir pour emmener les deux frangines aux entraînements. Un soutien qui portera ses fruits puisque c’est grâce à cette activité ultra-scolaire que les sœurs Rapinoe obtiennent un précieux ticket pour l’avenir : une bourse universitaire. Direction Portland, dans l’État limitrophe de l’Oregon, où Megan décrochera un diplôme en sociologie et sciences politiques, tout en poursuivant une carrière sportive.

Sur le terrain, "Pinoe" fait le show

L’année de ses 21 ans, en 2006, celle qui porte déjà les cheveux courts passe en pro : elle rejoint l’équipe nationale de football féminin. Longtemps privée de terrain en raison de blessures aux ligaments croisés, il lui faudra attendre le début de la décennie suivante avant de pouvoir réellement faire ses preuves. L’heure de la révélation vient en 2011, en Coupe du Monde. Lors d’un match de poule, d’abord, joué contre la Colombie, la milieu de terrain américaine fait sensation chez elle en allant chanter dans un micro "Born in the USA", d’après le fameux tube de Bruce Springsteen, pour célébrer un joli but marqué du pied droit. Puis, surtout, c’est son centre impeccable, arrivé pile sur la tête d’Abby Wambach, lui permettant de marquer in extremis à la 120e minute de jeu en quart de finale face au Brésil, qui restera dans les mémoires.

Malheureusement, les États-Unis ne remportent pas le prestigieux trophée cette année-là, battus par le Japon en finale. Une défaite amère, qui sera toutefois vite effacée. Comme investie d’une mission, "Pinoe", de son petit surnom, déroule le palmarès. En 2012, elle mène son équipe nationale à la victoire aux JO de Londres. Forte de sa Médaille d’or, elle passe une tête l’année suivante à l’Olympique Lyonnais, avec qui elle va jusqu’en finale de la Ligue des Champions. Le club, reconnaissant, ne tarit pas d’éloges à son égard :

"Pinoe possède tous les atouts : vitesse, puissance, technique, et adresse devant le but."

Puis vient le temps de la revanche. De retour dans sa patrie, la joueuse obtient (enfin) son titre de Championne du monde en 2015. Et bientôt un deuxième. La France l’a encore un peu en travers de la gorge d’ailleurs… Le 28 juin 2019, sur notre terrain de jeu, les Américaines mettent fin au rêve des Bleues en quart de finale. Sur deux buts de… Devinez qui ? Malgré la raclée, le public français ne peut que l’admettre, quelque peu admiratif même : elle est juste trop forte, cette Rapinoe. D’ailleurs on n’est pas les seuls à en juger, puisqu’après avoir remporté sa deuxième Coupe du Monde d’affilée, c’est elle qui a été élue Meilleure joueuse de la compétition. À 34 ans, ça force le respect.

Une joueuse engagée

Alors que son jeu, plus offensif que jamais, lui a valu une reconnaissance mondiale, la star a été reçue en grande pompe pour son retour au pays, telle une véritable "American hero". Mais ce n’est pas que grâce à ses compétences footballistiques qu’elle fait ainsi sensation. Le truc, c’est que Megan Rapinoe n’est pas une joueuse comme les autres. Outre sa dextérité avec le ballon rond, la numéro 15 américaine se fait remarquer, en arborant des cheveux roses, déjà, mais aussi et surtout en défendant ardemment ses valeurs. De quoi décupler sa notoriété auprès de tous ceux qui sont fatigués du climat de haine perpétré par l’actuelle administration américaine.

Ceux qui ont suivi le dernier Mondial ont pu le voir : la footballeuse boycotte son hymne national. Pas de chant, pas de main sur le cœur. Avant que ce ne soit interdit par la fédération, elle mettait même un genou à terre. Pourquoi ? Elle fait partie de ces (trop rares) sportifs qui affichent depuis 2016 leur soutien au quaterback Colin Kaepernick, lanceur du mouvement en signe de protestation contre les violences policières faites aux Noirs, qui depuis se retrouve sur le banc de touche, puni. Dans une interview auprès de American Soccer Now, la joueuse expliquait alors :

"En tant qu’homosexuelle américaine, je sais ce que ça veut dire de regarder le drapeau et constater qu’il ne protège pas toutes nos libertés."

"Je n’irai pas à la put*** de Maison-Blanche"

Celle qui a fait son coming-out en 2012 et qui vit aujourd’hui en couple avec la joueuse de basketball Sue Bird, a par ailleurs fait savoir pendant le Mondial son mépris pour l’actuel occupant du Bureau ovale. "Je n’irai pas à la put*** de Maison-Blanche", a-t-elle ainsi lâché en plein entretien avec le magazine Eight By Eight. Et d’ajouter, résignée : "On ne sera pas invitées, ça m’étonnerait."

Des mots qui ont fait le tour du monde, et qui n’ont pas manqué de lui attirer le courroux de Donald Trump. Ce dernier l’a invitée sur Twitter à "gagner avant de parler"… On en connaît un autre qui parle trop vite.

La victoire, malgré une invitation malaisante du président américain, Megan Rapinoe et ses co-équipières l’ont fêtée dans les rues de New York ce mercredi 10 juillet 2019. L’occasion encore pour la joueuse de faire briller sa personnalité. En tant que co-capitaine et véritable héroïne de la team, elle prend place derrière le pupitre installé sur le parvis de l’Hôtel de Ville et lance :

"On a les cheveux roses et violets, on a des tatouages, des dreadlocks. On a des filles blanches, des filles noires et tout ce qu’il y a entre les deux. Des filles hétéros, des filles gays !"

C’est ainsi avec sa classe naturelle qu’elle profite de sa notoriété pour passer un message de tolérance, poignant, encourageant en outre ses concitoyens à être "plus grands (qu’ils ne l’ont) jamais été auparavant".

Plus de doute. Megan Rapinoe est un exemple sur le terrain et bien au-delà.

Sources : US Soccer, Olympique Lyonnais, Believer, Mercury News, American Soccer Now

Jessica Rat
https://twitter.com/rat_jessica Par Jessica Rat Rédacteur