Le défenseur hollandais Virgil van Dijk a sorti une saison monstrueuse, au point d'être devenu un solide prétendant au Ballon d'Or
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Virgil van Dijk, la muraille d’Anfield

Le défenseur hollandais Virgil van Dijk a sorti une saison monstrueuse, au point d'être devenu un solide prétendant au Ballon d'Or © Paul Ellis / AFP

En un an et demi, le défenseur hollandais a fait changer Liverpool de dimension, en stabilisant une défense jusque-là fébrile. À un point tel qu’une question se pose aujourd’hui : est-il le meilleur défenseur du monde ?

Seul contre tous

Dimanche 31 mars 2019. Liverpool reçoit Tottenham pour un match capital dans la lutte pour le titre. Les Spurs ont égalisé il y a peu, le score est de 1-1 et tandis que les Reds poussent pour marquer le second but dont ils ont tant besoin, c’est le drame.

Le français Moussa Sissoko et le sud-coréen Heung-min Son partent en contre-attaque, à deux contre un. Mais le un en question, c’est Virgil van Dijk. Le défenseur recule, cale le rythme de sa course sur celle de Sissoko et le bloque totalement pour ne pas qu’il puisse servir l’attaquant coréen. En restant à distance, pile entre les deux, pendant une trentaine de mètres, le buste vers Sissoko, il empêche celui-ci de faire la passe vers le buteur, plus efficace devant le but, et l’oblige à s’orienter vers son mauvais pied, le gauche, pour tenter une frappe qui part… en tribunes. Ovation d’Anfield Road, qui peut chanter très fort la magnifique chanson consacrée au numéro 4, sur l’air du Dirty Old Town des Pogues. Car Liverpool arrachera la victoire dans les arrêts de jeu. Le pire, c’est que depuis son arrivée à l’hiver 2018, le grand Virgil a fait de ce genre de scène une habitude…

On l’appelait “nain de jardin”

Pourtant, ce grand gaillard de 1m93, aujourd’hui imprenable dans le jeu aérien (si la VAR, qui arrive en Premier League la saison prochaine, fait correctement le boulot et que les défenseurs le ceinturent encore comme ils le font actuellement, chaque corner de Liverpool donnera normalement un penalty…) a un parcours hors normes.

Plus jeune, ses coéquipiers dans son club local de Willem II le traitaient de… “nain de jardin”. Oui oui, comme pour Mathieu Valbuena. Alors qu’il n’a que 16 ans, il joue arrière droit, passe pour une demi-portion et tombe même gravement malade, la faute à un abcès à l’estomac. 12 jours d’hospitalisation plus tard, Virgil est guéri et sa croissance s’accélère considérablement : il prend 20 centimètres en un an ! Transféré à Groningue, il effectue ses débuts professionnels, avant d’être repéré par le mythique Celtic Glasgow et d’y arriver à l’âge de 22 ans. Il y restera deux ans, remportant la Coupe de la Ligue Écossaise, mais aussi trois titres de Champion d’Écosse. Comment est-ce possible ? En jouant les cinq premiers matchs de la saison avant son transfert à Southampton, il gagne le droit d’être inscrit au palmarès. Arrivé en Premier League il continue de progresser au sein d’une équipe de milieu de tableau qu’il se met vite à porter sur ses larges épaules. Ses performances lui valent enfin une première convocation en équipe de Pays-Bas, alors qu’il a déjà 24 ans.

En deux saisons, il monte en puissance et devient l’un des meilleurs défenseurs de Premier League, à tel point que Liverpool veut le recruter à l’été 2017. Mais le les dirigeants de Southampton refusent. Manchester City souhaite alors le récupérer, mais van Dijk a choisi Liverpool. Son transfert a finalement lieu lors du mercato hivernal 2017-18, pour la somme record -pour un défenseur- de 84 millions d’euros. Il commence alors à écrire sa légende en rouge…

Rage de vaincre et soif de trophées

Son apport se fait tout de suite sentir. Dès son premier match, en Cup face au rival voisin Everton, il inscrit le but vainqueur. Surtout, il stabilise la défense de Liverpool, point faible de la formation de Jurgen Klopp, tellement faible par rapport à l’attaque de feu emmenée par Firmino, Mané et Salah.

Leader dans l’âme, guerrier sur le terrain, il harangue ses coéquipiers autant qu’il impressionne ses adversaires. Troy Deeney, le capitaine de Watford, a dit de lui qu’il l’énervait particulièrement parce qu’il “est est trop grand, trop fort, trop rapide, trop bon balle au pieds, il aime les duels. Et ses cheveux sentent super bon.” Quand on visualise le gabarit de Troy Deeney, on se dit que c’est un sacré compliment. Pour la première partie, tout du moins…

Le résultat de son impact sur l’équipe se constate très vite en Ligue des Champions,de la finale perdue face au Real Madrid en 2018 dans les circonstances tragiques que l’on connaît (Ramos qui fait impunément du judo sur Salah, le gardien Karius qui se déchire à deux reprises) à la victoire face à Tottenham en 2019 !

Enfin un gros trophée pour le hollandais volant de 28 ans, qui avait été privé de Coupe du Monde avec sa sélection la même année. Sélection dont il est désormais le capitaine. Pour sa première saison complète avec Liverpool, van Dijk continue de progresser et d’impressionner. C’est bien simple, PERSONNE n’a réussi à le dribbler. La stat paraît folle pour un défenseur qui a croisé Kane, Agüero, Mbappé, Neymar, Lewandoski, Ribéry, Martial, Rashford, Sterling, Sané ou les Silva de Man City, mais pourtant elle est bien réelle. Le numéro 4 semble in-fran-chis-sable. Ses performances de haute volée ont permis au club de la Mersey de réaliser la meilleure saison de son histoire en Premier League, puis de remporter la Ligue des Champions. Costaud.

À un point tel que le défenseur a été élu meilleur joueur de l’année de Premier League. Une récompense qui en dit long, tant les attaquants sont privilégiés en général pour ce genre de trophées. Prochaine étape : le Ballon d’Or ?

Sébastien Delecroix
Par Sébastien Delecroix Rédacteur