Russell Crowe dans "Nuremberg".
Cinéma

Nuremberg sur Canal+ : qui était vraiment le psychiatre Douglas Kelley ?

Russell Crowe dans "Nuremberg". © Scott Garfield / Canal+

Ce soir, à 21h10 sur Canal+, Nuremberg met face à face Rami Malek et Russell Crowe, dans la peau d’un psychiatre américain et du bras droit d’Hitler. Le film s’inspire de faits réels, mais jusqu'où ?

Le cinéma a maintes fois raconté la Seconde Guerre mondiale, d'Il faut sauver le soldat Ryan au Pianiste, en passant par La Chute. Mais l’après-guerre, lui, fut moins exploré. Pourtant, le procès de Nuremberg, ouvert le 20 novembre 1945 et clos le 1er octobre 1946, reste un moment fondateur. Ce tribunal militaire international, réunissant les Alliés (États-Unis, France, Royaume-Uni, URSS), a jugé 21 hauts dignitaires nazis. Il a aussi donné naissance à de nouvelles notions juridiques : le complot, les crimes contre la paix, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Adapté du livre de Jack El-Hai Le Nazi et le Psychiatre, le film de James Vanderbilt délaisse la salle d'audience pour une histoire plus discrète : la relation entre Douglas Kelley, psychiatre, et Hermann Göring, ancien ministre de l'Aviation du Reich.

Qui était Douglas Kelley ?

En 1945, Douglas Kelley est à la fois psychiatre et officier de l'armée américaine. Sa mission à Nuremberg : évaluer la santé mentale des principaux accusés et déterminer s'ils sont en état d'être jugés. Parmi eux, Göring, présenté comme le bras droit d’Hitler, le fascine plus que tous les autres. Il passe de longues heures à ses côtés, lui fait passer plusieurs tests psychologiques et supervise son sevrage de la paracodéine, dont le dignitaire nazi consommait de grandes quantités. Göring finit par lui parler de sa famille et par lui accorder une confiance inhabituelle.

De ces entretiens, Kelley tire une conclusion qui structurera toute son œuvre : aucune maladie mentale ne permet d'expliquer les actes de Göring. Il décrit un homme intelligent, très narcissique, mais parfaitement conscient de ce qu'il faisait. Pour le psychiatre, les dignitaires nazis n'étaient pas des monstres à part, mais des hommes comme les autres. Avec assez d'ambition et peu d'empathie, n'importe qui pourrait donc commettre de telles atrocités : personne n'est immunisé contre le mal. Très débattue à l'époque, cette thèse, il la défendra toute sa carrière, notamment dans son livre sur les 22 accusés de Nuremberg. Devenu criminologue après le procès, il met fin à ses jours en 1958 en avalant une capsule de cyanure, comme Göring avant lui.

Jusqu'où Nuremberg reste-t-il fidèle à leur histoire ?

La proximité montrée à l'écran n'est pas une invention, mais elle a ses limites. Selon Jack El-Hai, Kelley et Göring ne sont jamais devenus amis. Leur relation était singulière, chacun cherchant à tirer quelque chose de l'autre. Kelley a accepté de transmettre des lettres entre Göring et sa famille, et le dignitaire lui a même demandé de s'occuper de sa fille Edda si son épouse venait à mourir.

Là où le film prend le plus de libertés, c'est sur le rôle du psychiatre pendant le procès. Dans la réalité, Kelley avait déjà quitté Nuremberg lorsque Göring a témoigné devant le tribunal, et son influence sur la stratégie de l'accusation était bien plus limitée que ne le suggère la fiction.

Si cette histoire vous nourrit de curiosité, rendez-vous ce soir à 21h10 sur Canal+ ou directement sur l'application Canal+.

Source : Canal+

Lucas Chauviré
Lucas Chauviré Rédacteur