Le duo dynamique, Batman et Robin, a sévi pendant 120 épisodes.
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Batman : comment la série des années 1960 est devenue culte

Le duo dynamique, Batman et Robin, a sévi pendant 120 épisodes. © Warner Bros.

Batman, c'est le super-héros le plus sombre, le plus sérieux, le plus adulte. Ça, c'est l'image qu'on en a en 2019. Mais en 1966, un OTNI (Objet Télévisuel Non Identifié) a débarqué dans la petite lucarne et a proposé une version incroyablement farfelue du Chevalier Noir... Au point de devenir un mème.

Série comique, souvent malgré elle, celle qu'on appelle communément Batman 66 est devenue culte à forces de grands moments d'ineptie qui laissent un doux parfum de nostalgie. Le genre de scènes dont on se souvient en se disant "c'était quand même n'importe quoi". Mais si, rappelez-vous...

Le bat-téléphone pleure

Chaque épisode commence de la même façon : un crime est commis à Gotham City. Le commissaire est dépassé par les événements et dit à un collègue : "il n'y a qu'un seul homme qui peut régler la situation". Il s'approche alors d'un téléphone rouge pour passer un coup de fil, auquel répond toujours la même personne : Alfred Pennyworth. Le chef de la police n'a donc jamais trouvé étrange qu'il y ait toujours quelqu'un pour lui répondre "Ne quittez pas, je vais le chercher" quand il appelait Batman ? Batman a un majordome, quoi de plus normal ? Un majordome qui a d'ailleurs la même voix que celui de Bruce Wayne. Et Bruce Wayne, qui répond ensuite au téléphone, a exactement la même voix que Batman. L'acteur Adam West n'a pas pensé, comme Christian Bale, à changer de voix pour cacher son identité. Non, lui, il s'en fiche, il est surtout là pour s'amuser. Déjà, ça commence bien...

Nom d'un slip !

Au côté de Batman, on retrouve bien entendu son fidèle acolyte, Dick Grayson, alias Robin. Dans l'épisode pilote, on découvre un jeune garçon en tenue de lycéen, qui joue avec un petit bateau en bois et qu'on verra souvent faire ses devoirs par la suite. Sauf que ce Robin fait un peu vieux pour être au lycée... L'acteur Burt Ward avait en effet 21 ans au lancement de la série. Une petite incohérence parmi tant d'autres, qui n'empêchera pas Robin de briller par ses magnifiques répliques. En VO, il met "holy" devant chaque mot en rapport avec la situation. En VF, ça a été traduit par "nom de" quelque chose. Par exemple, "nom d'une pipe en zinc", "nom d'un distributeur de boissons", "nom d'un couteau à beurre". Et la palme du meilleur dialogue est attribuée à...

Des bagarres épiques

La grande spécificité de Batman 66, ce qui faisait tout son charme... Les scènes de bagarre. Non pas parce qu'il y avait des chorégraphies déchaînées, des coups de pied retournés dans la face et des bruits d'os qui se brisent. Mais une musique classe ("nanananananana Batman", ça vient de là), et surtout, surtout, à chaque coup porté, des panneaux "PING", "BANG", SPLASH" apparaissent à l'écran, comme dans une bande dessinée. On ne sait pas qui a pense à ça, mais c'était une idée de génie !

Des Bat-gadgets en folie

Prenez n'importe quel objet, rajoutez "Bat" devant, et vous le rendez tout de suite beaucoup plus cool. On a bien entendu la Batmobile, dont l'antivol est un faux bouton "démarrer" qui déclenche des feux d'artifice, mais aussi le Bat-zooka, le Bat-phone, le Bat-ordinateur, la Bat-corde, et même le Bat-répulsif à requins, pour une scène culte du film dérivé de la série. Et quand le requin (très réaliste) tombe à l'eau, il... explose !? Un moment WTF comme la série nous en a beaucoup offert. Non mais regardez cette merveille de scène :

La même scène, sans effets spéciaux

Très souvent, Batman et Robin doivent escalader un immeuble. Pour cela, ils sortent naturellement la Bat-corde, et montent ensemble, à la seule force de leurs petits bras (Adam incarne sans conteste le Batman le moins baraqué de l'histoire de Batman). Un plan qui revient tout le temps, avec le même décor au fond, et où on voit à 18 000 kilomètres qu'ils ont tourné à l'horizontale, puis incrusté l'image à la verticale. On y croirait presque. Le plan est déjà un gag à la base, mais il devient encore plus parfait quand elle donne naissance à des caméos, avec des personnages qui ouvrent une fenêtre pour parler au duo dynamique. Le plus fameux de ces caméos est sans doute celui... du Père Noël !

Voilà. C'est pour cela que la série Batman des années 1960 est devenue culte. C'est un sommet de kitsch, et une dédramatisation permanente du Chevalier Noir, souvent dépassé, joué avec flegme par Adam West. Face à lui, toute une bande de vilains qui en font des caisses, multiplient les plans plus foireux les uns que les autres, et se font toujours vaincre dans une bagarre pleine de "KRUNCH", "ZLONK" ou "KAPOW". Pas de prise de tête, des ressorts comiques volontaires ou non, et un paquet de scènes de mèmes sur Internet, comme cette fameuse danse de Batounet dès le premier épisode :

La série Batman, c'est un peu la rencontre improbable entre Zorro et Louis De Funès. Alors vite, à la Batmobile !

Par Sébastien Delecroix