The Walking Dead, The Last of Us, Pluribus... Les films et séries de zombies sont-ils plausibles ?
Alors que les zombies relèvent de la fiction dans l’imaginaire collectif depuis des décennies, ils ne sont pas complètement dénués de sens dans la réalité. Un anthropologue et expert en zombie a récemment analysé différents morts vivants du cinéma pour nous donner son avis.
Que ce soit à cause d’un champignon, d'un virus planétaire ou bien même du Necronomicon, les zombies pullulent dans nos œuvres audiovisuelles depuis 1933 avec le premier film à en intégrer : White Zombie. Au fur et à mesure des années, ils se sont diversifiés en devenant un symbole de l’horreur et même un genre à part entière. Ils sont parfois rapides, lents, gigantesques (Resident Evil), démoniaques (Evil Dead) ou même romantiques (Warm Bodies), incarnent surtout quelque chose de complètement irréel et paraissent entièrement sortis de l'imagination humaine. Pourtant, les zombies sont bel et bien inspirés d’un vrai phénomène. Plus encore, certains zombies de fictions ne sont pas complètement improbables. Un médecin légiste et anthropologue expert en la matière s’est penché sur la question…
D’où vient le zombie à l’origine ?
Comme l’explique Philippe Charlier, médecin légiste et anthropologue expert en zombie au micro de Canal+, les zombies sont un phénomène bien réel, encore aujourd’hui. Il en existerait environ 55 000 en Haïti actuellement. Mais que sont-ils alors vraiment ? Ce sont des individus condamnés à une peine “pire que la mort” par une société secrète en marge du vaudou. Ils sont d’abord empoisonnés avec une tétrodotoxine, mis dans un état de mort apparente, enterrés vivants, puis déterrés à la nuit tombée. Ils sont ensuite gardés dans un état second grâce à des drogues et un régime absolument sans sel.
Ces zombies servent finalement d’esclaves pendant des décennies jusqu'à leur mort ou celle de leur maître. C’est donc cette peine rapportée par des anthropologues qui a inspiré Hollywood dans les années 1930 avant de donner le mythe du zombie que l’on connaît aujourd’hui. Le spécialiste rassure cependant ironiquement : il s‘est déjà fait mordre et bavé dessus par un de ces individus lors d’un voyage et il ne s’est pas transformé…
Existe-t-il un remède à la zombification comme dans les films ?
Dans notre monde, la zombification n’est pas une maladie, donc pas besoin de remède ou de vaccin. Cependant, dans la culture vaudou, comme l’explique le spécialiste, il existe des moyens de se protéger de ce mal. En Haïti, il n’est pas rare de retrouver des “grigris” ou des sortilèges ayant pour unique but de prévenir d’une potentielle zombification. De la même façon que certaines anciennes coutumes européennes contre les vampires, les Haïtiens ont également pour habitude de remplir les cercueils des morts d’aiguilles pour ne pas qu’ils puissent devenir mort-vivant.
Est-ce que les zombies mangent de la chair fraîche comme au cinéma ?
Les premiers zombies du cinéma n’ont pas directement pris cette sale habitude de manger tout ce qui bouge. Tout a commencé avec La Nuit des Morts Vivants de George Romero en 1968, le film qui a popularisé le genre. On y voit pour la première fois ces créatures se régaler en dévorant les humains sur leur passage, une idée qu’il a volé au mythe du vampire, un cousin mort-vivant un peu plus raffiné. Pour ce qui est du réel zombie d’Haïti, il n’est pas plus agressif qu’un humain lambda et son état ne lui permettra de manger que ce qu’on lui donnera : souvent un régime végétarien sans sel qu’il mange à même le sol dans une feuille de bananier.
La putréfaction de The Walking Dead est-elle réaliste ?
Comme on le sait maintenant, les zombies d’Haïti ne sont pas vraiment morts, donc pas de putréfaction chez eux. En revanche, comme le souligne le médecin légiste, les zombies de The Walking Dead sont extrêmement proches de ce à quoi ressemble un vrai cadavre en état de décomposition. Chez un corps d’environ 3 à 4 semaines, on retrouve ce côté “cartonné” et “visqueux”, ainsi que des secteurs des peaux comme parcheminés et d’autres complètement manquant qui laissent apparaître une chair à la couleur fade.
Le champignon de The Last of Us, c’est possible ?
Dans The Last of Us, pas de virus, mais un champignon qui prend le contrôle des êtres avec lesquels il rentre en contact. Ce qui peut paraître plus folklorique est en fait bien plus réaliste. Ce champignon existe bel et bien, c’est le Ophiocordyceps. Heureusement, il touche seulement les insectes, et souvent les fourmis. Ces dernières, une fois possédées par le fongique, vont monter le plus haut possible dans un arbre avant de se laisser mourir. L’altitude permettra au champignon de lâcher ces spores sur un large rayon afin de contaminer d’autres insectes. L’actuel champignon n’a pas les capacités pour contrôler un hôte aussi complexe et grand que peut l’être l’humain, mais qui sait ce que l’avenir nous réserve ?
Dans Pluribus, peut-on parler de zombies ?
Philippe Charlier rapproche le réel zombie d’Haïti d’un état de “mort sociale” et fait un parallèle triste, mais réaliste, avec certains de nos pairs occidentaux. Il parle notamment des personnes âgées, des détenus à vie, des SDF ou même des personnes sous “camisole chimiques” à cause de maladie psychiatrique. Avec ce constat, oui, dans Pluribus on peut parler de zombies, et le terme est même sûrement plus approprié que pour les zombies de World War Z, The Walking Dead, 28 ans plus tard, etc.
En somme, bien que largement exagérés dans beaucoup de cas, les zombies du petit et du grand écrans se rapprochent bel et bien de cas réels sur plusieurs points. Bien qu’il n’existe pas encore de maladie infectieuse provoquant de tels symptômes, des zombies au sens anthropologique du terme arpentent bien notre monde.
Source : Canal+