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Cristian Mungiu avec sa Palme d'or pour le film "Fjord", lors de la cérémonie de clôture de la 79e édition du Festival de Cannes.
Cinéma

Palme d’or 2026 : trois films pour découvrir Cristian Mungiu, le nouveau lauréat

Cristian Mungiu avec sa Palme d'or pour le film "Fjord", lors de la cérémonie de clôture de la 79e édition du Festival de Cannes. © Thibaud MORITZ / AFP

Il y a des cinéastes qui marquent Cannes une fois. Cristian Mungiu, lui, l’a fait deux fois. Le réalisateur vient de décrocher sa deuxième Palme d’or pour Fjord. Il rejoint ainsi le cercle des 9 doubles palmés. Un sacre qui invite à (re)découvrir l'œuvre du génie roumain.

Né le 27 avril 1968 à Iaşi, en Roumanie, Mungiu suit des études de littérature anglaise et américaine avant de se former à la réalisation à l'école de cinéma et de théâtre de Bucarest. Il fait ses armes comme assistant-réalisateur, notamment auprès de Bertrand Tavernier sur Capitaine Conan en 1996. Ses débuts derrière la caméra arrivent en 2002 avec Occident, déjà remarqué à l'époque à la Quinzaine des réalisateurs. La suite, on la connaît...

Cristian Mungiu cumule depuis les récompenses. Deux Palmes d’or (pour Fjord et 4 mois, 3 semaines et 2 jours) ; prix de l’Éducation nationale (pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours) ; prix du meilleur film et du meilleur réalisateur lors du prix du cinéma européen (pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours) ; prix du scénario au festival de Cannes 2012 (pour Au-delà des collines) et enfin prix de la mise en scène au festival de Cannes 2016 (pour Baccalauréat).

Son cinéma est une radiographie sans concession de la Roumanie postcommuniste : ses institutions défaillantes, sa corruption, ses croyances. Voici trois films essentiels pour entrer dans son univers.

Au-delà des collines

En 2005, un exorcisme tourne au drame dans un monastère de Moldavie roumaine. Une femme en meurt. Le pays est sous le choc. Mungiu s'empare de ce fait divers pour en tirer une fiction glaçante, à la frontière du naturalisme et du film d'horreur.

Alina revient d'Allemagne pour convaincre son amie d'enfance Voichita de quitter le couvent et de la rejoindre. Mais Voichita a choisi Dieu, et entre elles deux, cet amour profond et irréconciliable va provoquer une série d'événements funestes. Convaincus qu'Alina est possédée par le Malin (diable dans les religions monothéistes), le prêtre et les religieuses organisent un exorcisme. De nombreux évènements s’ensuivent…

Comme souvent chez Mungiu, le film suit un duo féminin confronté à l'autorité masculine et aux rouages des institutions. L'Église et l'hôpital se renvoient la balle, chacun absorbant sa propre incompétence. Une indignation froide, filmée au plus près des corps et des âmes perdues.

Baccalauréat

Prix de la mise en scène à Cannes en 2016, Baccalauréat raconte l'effondrement d'un homme. Romeo est médecin à Cluj, en Transylvanie. Toute sa vie, il a refusé de se plier aux petits arrangements qui gangrènent la société roumaine. Jusqu'au jour où sa fille unique est agressée sexuellement à la veille de ses examens.

Pour lui assurer de bonnes notes malgré le choc, Romeo va s'engager dans un engrenage de compromis et de faveurs inavouables. Chaque pas dans la corruption en appelle un autre, et la police n'est jamais loin.

Le film est une mécanique implacable. Mungiu ne juge pas son personnage : il montre comment un système gangrené finit par broyer même ceux qui voulaient y résister. Romeo n'est pas un salaud. C'est un père qui aime sa progéniture.

R.M.N.

Reznanta Magnetica Nucleara, soit IRM en français, est peut-être le film le plus ambitieux de Mungiu. Un village multiethnique de Transylvanie, coincé entre les bois et la montagne, où cohabitent Roumains, Hongrois et Allemands, va voir arriver une ethnie supplémentaire, engendrant la colère de certains villageois…

Tout commence lorsque Matthias rentre d'Allemagne après avoir frappé son contremaître qui l'avait traité de "sale gitan". Il retrouve son fils traumatisé par une rencontre mystérieuse dans les bois, sa femme distante, son père malade. Et Csilla, son ancienne maîtresse, qui dirige une boulangerie locale et cherche de la main-d'œuvre. Faute de candidats locaux, elle recrute des ouvriers sri-lankais. Le village se lève contre eux.

C’est donc dans le village des vampires, selon Mel Brooks, que la xénophobie est filmée au plus près. Mungiu continue de dénoncer, mais cette fois-ci ne gagne aucun prix.

Mingui ne cesse de faire parler son génie, et la Croisette en veut encore.

Source : CANALVOD

Lucas Chauviré
Lucas Chauviré Rédacteur