40 000 titres générés par IA chaque jour : le défi de Deezer pour protéger les artistes
Utilisée dans de nombreux secteurs professionnels, l’intelligence artificielle est aussi de plus en plus prisée dans le domaine de la création artistique. Face à un nombre grandissant de titres musicaux entièrement générés par le biais de l’IA, la plateforme française Deezer a adopté une approche inédite dans le but de défendre les droits des artistes, mais également pour plus de transparence vis-à-vis de ses auditeurs.
Depuis quelques années déjà, l’IA s’est immiscée dans l’industrie musicale, dupant un très grand nombre d'auditeurs. Une récente statistique est plus qu’inquiétante : selon un sondage mené conjointement par Deezer et l’institut Ipsos, "97 % des personnes sont incapables de faire la différence entre une musique entièrement générée par l’IA et une musique créée par des humains". Face à cette situation qui risque bien de s’aggraver dans le futur, la plateforme Deezer a un objectif clair : défendre les artistes et la création humaine, ainsi qu’informer le public sur l’origine réelle des titres.
Musique générée par IA : une confusion qui met mal à l'aise
Le résultat de l’étude en ligne commandée par Deezer auprès d’Ipsos Digital en 2025 dans huit pays (États-Unis, Canada, Brésil, Royaume-Uni, France, Pays-Bas, Allemagne et Japon, pour un total 9 000 adultes de 18 ans et plus) est sans appel : 97 % des sondés "n’ont pas su faire la différence entre une musique entièrement générée par IA et une musique humaine, lors d’un test à l’aveugle comportant deux morceaux IA et un morceau réel."
En parallèle, et considérant que l’IA constitue une menace logique et concrète à la création artistique, plus de la moitié (52 %) des personnes interrogées se sentent mal à l’aise à l’idée de ne pas pouvoir distinguer les deux. On apprend aussi que "66 % des utilisateurs de plateformes de streaming écouteraient de la musique 100 % IA au moins une fois, par curiosité".
Face à la prolifération des titres "100 % IA", un besoin urgent de transparence
C’est aussi une réalité qu’il faut désormais prendre en compte : de plus en plus de titres sont intégralement générés par le biais de l’intelligence artificielle – et ce n’est manifestement pas prêt de s’arrêter. Dans son étude, Deezer révèle qu’aujourd’hui "34 % de l’ensemble des titres livrés sur la plateforme sont désormais entièrement générés par l’intelligence artificielle." La "traduction" de ce pourcentage est vertigineuse : près de 40 000 titres entièrement générés par IA sont ainsi livrés sur Deezer chaque jour. Une véritable prolifération.
Pourtant, pas moins de 45 % des sondés ont déclaré qu’ils aimeraient pouvoir filtrer ces titres sur leur plateforme, et 40 % seraient "prêts à passer un morceau 100 % IA sans l’écouter". Toujours selon le sondage commandé par Deezer auprès d’Ipsos Digital, une large majorité appelle quoiqu'il en soit à la transparence : 80 % des répondants estiment en effet que la musique entièrement générée par intelligence artificielle devrait être clairement identifiée pour les auditeurs. Une transparence nécessaire pour des questions - évidentes - d’éthique, mais également pour préserver l’équité chez les artistes qui ne passent pas par l’IA pour créer.
La prise de conscience semble claire, du moins chez les personnes sondées : 70 % d’entre elles estiment en effet que la musique 100 % IA menace les revenus des artistes, musiciens et compositeurs, actuels et futurs. La question de la rémunération est d'ailleurs elle aussi un enjeu incontournable, 69 % des sondés "estimant que les rémunérations pour la musique 100 % IA devraient être inférieures à celles pour la musique créée par des humains."
Des engagements forts de la part de Deezer pour protéger les artistes
Face à ces résultats jugés inquiétants, Deezer annonce des engagements forts, notamment autour d'outils de détection d'IA. En juin 2025, la plateforme s'équipait déjà d'un système dédié à "étiqueter clairement les morceaux générés par l’intelligence artificielle", notamment les modèles les plus prolifiques comme Suno et Uido, pour ne citer qu’eux. Autre initiative notable : l’exclusion des recommandations pour les titres musicaux entièrement générés par l’IA. Concrètement, les morceaux concernés sont "automatiquement retirés des recommandations algorithmiques et ne figurent pas dans les playlists éditoriales."
Puis, à la fin du mois de mars 2026, la plateforme française annonçait avoir conclu "un accord avec le Bureau pour la protection des droits des artistes-interprètes (Előadóművészi Jogvédő Iroda Egyesület, "EJI") pour lui vendre les droits d’utilisation de sa solution de détection de l’IA".
Concrètement, la technologie repose sur l’analyse des caractéristiques audio afin de repérer des "signatures typiques" des contenus générés par intelligence artificielle. Elle permet ainsi d’identifier ces morceaux dès leur mise en ligne, afin d’empêcher leur monétisation ou une éventuelle diffusion non encadrée. L’outil s’appuie sur des modèles entraînés à distinguer les productions humaines des productions synthétiques, même lorsque la qualité sonore est élevée. L’objectif est de limiter les abus tout en structurant l’intégration de l’IA dans l’écosystème musical, Deezer précisant que près "de 60 000 enregistrements créés avec l’aide de l’IA arrivent chaque jour sur la plateforme, ce qui représente environ 39 % de son contenu quotidien".
Quant à la rémunération, les streams jugés frauduleux – la plateforme révèle que jusqu’à 70 % des écoutes générées par ces morceaux sont "manipulées" – ne seront plus rémunérés. Des décisions concrètes et très importantes, aussi bien pour les artistes que pour les auditeurs.
Sources : Deezer (étude Ipsos - novembre 2025), Deezer (accord EJI / détection IA - mars 2026)