"Englouti" est un film aussi angoissant que poignant
Cinéma

Englouti : Josh Brolin et Brian Duffield nous parlent claustrophobie, parentalité et baleines

"Englouti" est un film aussi angoissant que poignant © The Walt Disney Company France

Avec Englouti (Whalefall en VO), le réalisateur Brian Duffield plonge le spectateur dans un cauchemar sous-marin où un homme se retrouve prisonnier du ventre d’un cachalot. Mais derrière cette course contre la montre suffocante se dessinent aussi une histoire de transmission entre un père et son fils et une réflexion sur notre rapport à l’océan. Josh Brolin et Brian Duffield nous racontent les coulisses d’un film aussi spectaculaire qu’intime.

Que se passe-t-il lorsqu’un plongeur se retrouve piégé dans l’un des endroits les plus hostiles qui soient ? Adapté du roman de Daniel Kraus, Englouti transforme cette situation extraordinaire en une expérience cinématographique où chaque seconde compte. Entre la peur de manquer d’air, l’immensité de l’océan et les souvenirs qui remontent à la surface, le film ne se contente pas de jouer avec nos angoisses. Pour Brian Duffield, derrière la survie de son personnage se cache avant tout une histoire humaine. Josh Brolin, lui, a pu renouer avec une passion bien réelle : la plongée. A l’occasion de la sortie du film, nous avons pu discuter avec eux.

Une adaptation fidèle au roman, centrée sur les émotions

Dans l'œuvre originale, Jay est également coincé presque tout du long dans le ventre d’un cachalot, c’est évidemment sensationnel et parfait pour un film, mais comment maintenir une narration au sein d’une horreur visuelle constante ? Pour Brian Duffield, la réponse se trouvait autant dans le cachalot que dans les liens familiaux au cœur du récit :

“En lisant le livre, je suis tombé amoureux non seulement de cette histoire de cachalot, mais aussi de la relation père-fils conflictuelle entre Mitt et Jay.”

L’adaptation a d’ailleurs bénéficié de la participation de Daniel Kraus, l’auteur du roman original, comme le réalisateur nous l’explique :

“L’auteur du livre a coécrit avec moi, le film est donc très fidèle au matériel de base. Nous avons dû par contre sélectionner minutieusement lesquels, parmi les centaines de flashbacks du livre, nous gardions. Nous nous sommes concentrés sur les aspects émotionnels de la relation entre Mitt et Jay.”
Mitt et Jay dans "Englouti".
Mitt et Jay dans "Englouti". © Disney

Ce travail de sélection permet de faire coexister deux récits : celui d’une lutte physique pour échapper à une mort imminente et celui d’un fils confronté aux blessures de son histoire familiale, et cela, sans pour autant noyer le spectateur dans des embranchements narratifs moins pertinents. Le film se concentre alors sur deux tensions qui se répondent : celle de la survie et celle des blessures émotionnelles qui l’ont conduit jusque dans le ventre de la bête.

Un cachalot entre fascination scientifique et terreur claustrophobique

Dans Englouti, l’océan est à la fois un territoire immense et fascinant, mais aussi un lieu étroit et terrifiant. Brian Duffield a particulièrement travaillé ce contraste pour accentuer l'enfermement de son personnage :

“C’était vraiment important pour nous que l’océan semble infini en juxtaposition avec le ventre du cachalot, le sentiment de claustrophobie y devient encore plus intense.”
Jay n'est pas seul dans le cachalot...
Jay n'est pas seul dans le cachalot... © Disney

Pour rendre cette expérience crédible, l’équipe s’est également appuyée sur les connaissances scientifiques de consultant experts en la matière, comme nous l’explique le réalisateur :

“Nous avons suivi à la lettre les recommandations scientifiques, ne serait-ce que pour être le plus réaliste possible, mais aussi car plus c’est proche de la réalité, plus c’est effrayant.”

Brian nous a tout de même confié que la reconstitution de l'intérieur de l'animal a toutefois constitué un véritable casse-tête :

“C’était un vrai challenge de reconstituer l’intérieur du ventre d’un cachalot puisque personne n’en a vu vivant. Les seules connaissances que nous ayons, c’est grâce aux cachalots échoués sur les plages, qui sont souvent dans un état avancé de décomposition.”
L'intérieur du Cachalot dans "Englouti".
L'intérieur du Cachalot dans "Englouti". © Disney

L'équipe a donc dû composer avec les limites de la connaissance scientifique pour imaginer cet environnement inconnu tout en restant le plus crédible possible. Une difficulté qui nourrit précisément l'angoisse du film : face à ce monde organique et hostile, le spectateur partage l'impuissance du personnage, puisque tous deux ne savent absolument pas comment un cachalot traite sa nourriture à l’intérieur.

Derrière le spectacle, une histoire de paternité et de respect de l'océan

Réduire Englouti à son concept sensationnaliste serait passer à côté de ses enjeux les plus personnels. La relation entre Mitt et Jay constitue le véritable cœur émotionnel du récit. Brian Duffield reconnaît que cette dimension l'a accompagné tout au long du tournage :

“Il a été impossible de lire le livre sans penser à mon propre fils et cela m’a également porté pendant toute la réalisation du film.”

Pour Josh Brolin, ces scènes ont également représenté une épreuve, tout de même récompensée par une approche de la mer :

“Toutes ces scènes à propos de la relation père-fils ont été dures pour moi à tourner, mais tout ça n’était qu’une excuse pour que je puisse en apprendre plus sur les baleines et retourner plonger.”

Avec cette remarque teintée d'humour, l'acteur rappelle aussi que le film a été l'occasion de renouer avec sa passion pour le monde sous-marin. Une passion qui rejoint l'autre préoccupation du réalisateur, c’est-à-dire la préservation des océans :

“Il était impossible de faire un film comme celui-ci et ne pas inclure l’impact de l’homme sur l’océan, nous avons tout fait pour ne causer aucun mal à l’environnement marin tout en sensibilisant le spectateur sur sa beauté et son importance à travers les paroles de Mitt (Josh Brolin).”

Ainsi, derrière l'horreur d'un homme prisonnier d'un cachalot, Englouti invite à regarder autrement les géants des mers et l'environnement dans lequel ils évoluent. En associant suspense, drame familial et conscience écologique, le film cherche à faire de la peur une porte d'entrée vers l'empathie.

Englouti est à retrouver en ce moment dans les salles obscures de France.

Martin Senecal
Martin Senecal Rédacteur