MAGOYOND emprunte autant au cabaret qu'au metal
Découverte

MAGOYOND, cabaret metal

MAGOYOND emprunte autant au cabaret qu'au metal © MAGOYOND

Le second album du groupe français, Kryptshow, rend hommage aux thèmes gores de la pop culture à grands coups de riffs de guitare et esthétique soignée.

L’étrange Noël de Mr Rock

Une voix de Monsieur Loyal annonce la couleur dès le début du disque sur Le Chapiteau des Supplices : c’est un véritable spectacle qui va se dérouler dans les oreilles et l’imagination des auditeurs. La musique de MAGOYOND est très cinématographique, empruntant à tous les codes des films estampillés série B. En gros, vous voyez la comédie musicale The Greatest Showman ? Vous mixez avec une ambiance mélancoliquement sombre façon Tim Burton et du metal, et vous aurez à peu près cerné l’univers du second album du groupe. On y parle de zombies, de croque-mitaines et autres monstres. Mais aussi du Magasin des Suicides, comme dans le livre de Jean Teulé du même nom, et dont l’influence est très perceptible dans ce morceau : “Bonjour, que puis-je pour vous ? / Vous passer la corde autour du cou ? / Nous avons plusieurs modèles / Celui-ci vous donnera des ailes”. De l’humour noir, comme dans le bouquin et un hommage appuyé à celui-ci. On retrouve d’ailleurs des mini-sketches intitulés Chronique du Magasin 1 et 2, mettant en scène -ou plutôt en disque- des dialogues entre client et vendeur de la plus sarcastique des boutiques.

Gore’N’Roll

Car Kryptshow est un album généreux, puisque double, pour un total de 22 pistes, dont certains uniquement en mode instrumental, faisant de fait penser à une musique de film (l’épique Chimera), qui ne serait pas franchement une comédie française ou un dessin animé fun et coloré. Non, on imagine plutôt des hordes de zombies, des monstres et des ombres rodant dans un manoir encore plus hanté qu’un cimetière indien. D’ailleurs, les titres des chansons parlent d’eux-mêmes : Vegas Zombie, Syndrome, L’Armée Damnée, Les Fossoyeurs… La caravane (de l’étrange) passe, les chiens aboient alors que retentissent les riffs de guitare, à tendance metal et des rythmique parfois proches du cabaret. Sentiment renforcé par l’arrivée de trompettes de temps à autres. Au niveau des arrangements, MAGOYOND emprunte là aussi tous les codes du genre musique horrifique, à grands coups de nappes de clavier évoquant l’orgue sur l’instrumental Kryptshow, donnant son titre à l’opus. Mais alors que l’on pourrait penser à une ambiance lourde, pesante, le chant en français, s’efforçant de raconter toutes ces petites histoires de façon le plus intelligible possible, rend les textes plus rassurants que flippants, donnant aux chansons des allures de contes - de la crypte - pour enfants pas très sages.

Dessins démoniaques

Forcément, vouloir proposer un tel univers implique un grand souci du détail visuel. Il faut pouvoir accrocher l’œil d’un public connaisseur, déjà grandement abreuvé de groupes de metal opérant dans le même délire. Pour se démarquer artistiquement, MAGOYOND a eu la bonne idée de faire appel au studio Arsenic et Boule de Gomme, qui a su avec talent donner une identité visuelle à l’album Kryptshow, en mixant habilement aspect pop, fun et gore. Une autre preuve qu’à défaut de révolutionner le genre, Magoyond a su s’en approprier les codes, et s’est appliqué à sortir un album - autoproduit - le plus propre possible. Bien plus que le corps d’un zombie en décomposition...

Sébastien Delecroix
Par Sébastien Delecroix Rédacteur