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Nos habitudes de visionnage changent... mais les films aussi.
Streaming VOD

Comment les plateformes changent notre façon de regarder les films ?

Nos habitudes de visionnage changent... mais les films aussi. © DC Studio / Freepik

Il nous arrive à tous de regarder une série ou un film en streaming avec notre téléphone à la main, et de parvenir à suivre l'intrigue malgré tout. Mais est-ce parce que les contenus des plateformes ne demandent pas beaucoup d'attention que nous nous permettons de scroller sur notre smartphone, ou, à l'inverse, est-ce celles-ci qui s'adaptent à nos nouvelles habitudes de visionnage ?

Regarder un film n’est plus aujourd’hui une expérience figée dans le noir d’une salle de cinéma. Avec l’essor des plateformes de streaming, nos habitudes ont profondément évolué, tout comme la manière dont les œuvres sont pensées, et même écrites et mises en scène. C’est ce qui été décrit dans une récente prise de parole de Matt Damon et Ben Affleck dans le cadre de la promotion du film The Rip. Dans un podcast de Joe Rogan, les deux acteurs ont levé le voile sur les nouvelles exigences imposées par les plateformes.

Netflix s’adapte au nouveau spectateur distrait

Effectivement, selon eux, Netflix adapte désormais ses règles de narration à un spectateur distrait, souvent partagé entre l’écran du téléviseur et celui de son smartphone. En somme, la plateforme exige que les intrigues principales doivent être répétées, reformulées, parfois trois à quatre fois au fil des dialogues. Cela permet alors à celui qui a manqué une scène clé de comprendre malgré tout l’histoire en cours, sans décrocher définitivement.

Cette logique de compensation de l’inattention modifie évidemment en profondeur la structure des films. Là où le cinéma traditionnel construisait patiemment sa montée en tension jusqu’à un final spectaculaire, les plateformes privilégient désormais l’impact immédiat. Une scène d’action ou un événement marquant doit survenir dans les toutes premières minutes afin de capter l’attention, presque comme une vidéo TikTok si on caricature un peu.

Des habitudes étudiées de près

Ces choix et demandes de Netflix ne sortent pas de nulle part, les plateformes analysent en temps réel le comportement des abonnés : à quel moment ils mettent sur pause, quand ils abandonnent un film, ou quand ils passent à un autre contenu. Ces indicateurs deviennent des outils au service de la mise en scène et de l’écriture, parfois au détriment de la subtilité ou du silence…

Pour autant, cette évolution ne signe pas la mort d’un cinéma exigeant. Ben Affleck cite l’exemple de la série Adolescence, également diffusée sur Netflix, comme une preuve que des œuvres ambitieuses peuvent encore trouver leur public. La série prend le contrepied des recettes habituelles décrites plus haut : peu de dialogues explicatifs, des scènes longues, parfois silencieuses, et une mise en scène qui fait confiance à l’intelligence du spectateur. Son succès démontre que l’attention n’est pas toujours incompatible avec la complexité.

Une chose est sûre : les plateformes ne se contentent plus de diffuser des films, elles redéfinissent la manière dont nous les regardons. Une question se pose alors : faut-il rééduquer notre façon d’apprécier les œuvres, ou au contraire embrasser cette nouvelle ère de l’audiovisuel qui s’offre à nous ? On peut aussi imaginer que contenus qualitatifs et confortables peuvent coexister, il nous suffit alors de savoir quand faire l’effort de brancher notre cerveau ou non.

Source : Joe Rogan

Martin Senecal
https://twitter.com/diaseptyl Martin Senecal Rédacteur