Conchita Wurst, grande gagnante de l’Eurovision 2014 pour l’Autriche avec son titre “Rise Like A phoenix”, lors de la grande finale du concours le 10 mai 2014 à Copenhague au Danemark.
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Eurovision : pourquoi tout le monde chante en anglais ?

Conchita Wurst, grande gagnante de l’Eurovision 2014 pour l’Autriche avec son titre “Rise Like A phoenix”, lors de la grande finale du concours le 10 mai 2014 à Copenhague au Danemark. © JONATHAN NACKSTRAND

C’est presque devenu une règle : les candidats à l’Eurovision sont une grande majorité à présenter des chansons en anglais. Pourquoi une telle tendance ?

En 1956, lors de la première édition de l’Eurovision, on ne trouvait pas une seule chanson en anglais. Et pour cause, le Royaume-Uni ne participait pas. Mais surtout parce que les différents participants avaient décidé d'interpréter tous leurs titres dans leur langue nationale. Il faudra attendre l’année d’après pour avoir le premier morceau anglophone, avec la première participation de la Grande-Bretagne. C’est seulement en 1962 que la langue de Shakespeare est choisie par un pays non-anglophone : l’Autriche. Soixante ans plus tard, sur les 41 chansons présentées à l’Eurovision 2019, 32 sont chantées intégralement en anglais ou en comprennent une partie.

Chanter et être compris à l’Eurovision

L’Eurovision est un concours international. Il y a donc plusieurs cultures et plusieurs langues qui se confrontent. C’est ce qui fait la beauté de cette grande compétition. Le problème, c’est que dès lors qu’un morceau est chanté en lituanien, biélorusse ou finnois, ceux qui ne parlent pas la langue n’y comprennent plus rien et il est plus difficile de faire passer des messages. L’anglais s’est donc rapidement imposé comme la langue de l’Eurovision. Un langage commun que toutes et tous comprennent. Ce qui ne plaît pas à la France, comme par hasard !

Eh oui, l’anglais et l’Hexagone ne font pas bon ménage. De la création du concours, jusqu’à la fin des années 1990, la France s’est battue becs et ongles pour tenter d’imposer une règle selon laquelle toutes les chansons doivent comporter des paroles dans la langue originale de l’interprète. Une bataille qui n’a pas toujours été évidente et qui a connu des hauts et des bas. Mais que voulez-vous, nous sommes français et fiers de notre langue, nous voulons donc pouvoir la chanter sans être désavantagés. Cette fameuse règle a donc été adoptée, puis annulée, instaurée à nouveau, avant d’être définitivement abandonnée en 1998. Depuis, chacun fait ce qu’il veut, et ce n’est pas plus mal. Rise Like a Phoenix, de Conchita Wurst, en allemand autrichien, ça n’aurait probablement pas eu le même effet.

L’anglais gagne plus souvent l’Eurovision !

Venons-en aux chiffres ! Si vous chantez en anglais à l’Eurovision, vous avez plus de chances de gagner ! C’est en effet la langue de Shakespeare qui est la plus primée car elle cumule près de 32 victoires. En deuxième position, on retrouve le français, avec 14 victoires (mais surtout aux débuts du concours). La dernière francophone à avoir atteint la première place, c’était Céline Dion, en 1988. Enfin, on retrouve 17 victoires dans d’autres langues. Il semblerait donc que chanter en anglais, c’est mettre le plus de chances de son côté. Mais pas à tous les coups !

Ces dernières années, avec la recrudescence des chansons anglophones, les langues locales ont eu droit à un léger regain d’intérêt. En 2017, Salvador Sobral défiait tous les pronostics et causait la surprise en remportant l’Eurovision avec une chanson en portugais. Cette année, c’est le candidat Islandais qui est au centre de toutes les discussions, le groupe Hatari, non-seulement pour son originalité, mais aussi parce qu’il chantera en islandais, alors que le pays semblait résolument décidé à employer l’anglais.

Au final, il n’y a pas de recette miracle. On peut gagner en français, on peut gagner en anglais, on peut même gagner en serbo-croate. Tout semble possible. Mais il faut tout de même reconnaître que chanter dans une langue que tout le monde comprend, c’est mettre plus de chances de son côté ! Reste à voir si cette édition 2019 nous donnera tort ou raison.

Par Clément Capot