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"Amour Apocalypse" nous présente une romance contemporaine et réaliste
Cinéma

Amour Apocalypse : l’équipe du film nous décrit la résilience grâce aux sentiments

"Amour Apocalypse" nous présente une romance contemporaine et réaliste © L'Atelier Distribution

Amour Apocalypse nous décrit de façon humoristique et poétique des maux bien propres à notre ère. Entre lutte mentale et environnementale, le film met en scène la résilience d’un homme grâce à ses sentiments exacerbés, mais bien authentiques. L’équipe du film nous en parle plus en détail.

Lors de la Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes, la réalisatrice québécoise Anne Emond a présenté son sixième long-métrage : Amour Apocalypse. On y découvre Adam (Patrick Hivon), propriétaire d’un chenil, mais surtout éco-anxieux ou plus précisément “salostalgique”. Neuro-atypique et en pleine dépression avec un entourage peu ouvert, il se tourne vers les solutions alternatives et achète une lampe de luminothérapie censée améliorer sa santé mentale. Seulement voilà, elle tombe en panne et Il appelle alors le service technique sans savoir que son vrai salut ne serait pas dans cette lampe, mais bien au bout du fil…

De l’amour…

Car oui, au bout de la ligne se trouve Tina (Piper Perabo), assistante technique. Elle traverse aussi une période difficile et voit en Adam une certaine tendresse qu’elle ne retrouve plus dans sa vie. Les deux vont rapidement se rendre compte que quelque chose de spécial se produit quand ils échangent au téléphone. Oui, ils vont tomber amoureux très rapidement, mais ce n’est pas un coup de foudre comme on pourrait le penser... Du moins la réalisatrice Anne Émond ne le voit pas comme ça. Lors de notre interview, elle nous donne sa vision de ce phénomène :

“Je ne suis pas certaine de croire au coup de foudre, mais je crois en une forme d’animalité. Parfois on se trouve en face d’une personne avec laquelle on se sent parfaitement apaisé ou vivifié, une espèce de connexion, ça, ça fait partie du film.”
Tina (Piper Perabo) et Adam (Parick Hivon) dans "Amour Apocalypse"
Tina (Piper Perabo) et Adam (Parick Hivon) dans "Amour Apocalypse" © L'Atelier Distribution

Les deux deviennent précipitamment la bouée de sauvetage l'un de l’autre. Cette romance n’est pas parfaite, comme on pourrait le voir dans certaines autres comédies romantiques. Elle est précipitée, elle va connaître des obstacles, des vérités qui font mal, des ambitions mal placées… Nonobstant, l’histoire reste belle et réaliste. Parce que Tina et Adam essayent de s’en tirer, ils souffrent, mais s’accrochent au sublime qui leur est tendu. C’est exactement cet aspect que la réalisatrice a essayé de mettre en avant, comme elle nous l’explique :

“Cela me ferait beaucoup de mal que le film soit vu comme mièvre, parce que je trouve que le courage dans le monde noir dans lequel on vit, c’est justement d’essayer de montrer la beauté, c’est la résilience.”

…au sein de l’apocalypse

Si la relation est difficile, c’est en partie à cause des difficultés d’Adam. Anne Emond résume assez bien ce qui se passe dans la tête du personnage en une phrase :

“Adam, c’est un gars hypersensible qui se demande en se levant le matin comment il va vivre dans ce monde.”

Pour Adam, ce monde est au bord de l’apocalypse, représentée ici par les changements climatiques. C’est ça la salostalgie, cela désigne un sentiment de détresse, d’angoisse face aux transformations négatives subies par l’environnement. Le monde tel qu’il le connaît disparaît peu à peu. Survivre dans un monde apocalyptique comme le décrit Adam est un effort de tous les instants. Patrick Hivon, l’interprète de notre protagoniste, nous parle justement de cet aspect de survie :

“J’ai beaucoup aimé le fait de mettre le grave en fond, que ce soit pas ça l’histoire. Oui, il y a des affaires qui ne vont pas bien, mais il y a une résilience, une non-complaisance et les personnages continuent à se battre.”

Le film embrasse, avec humour, la vérité quant à l’état de notre planète. Différentes thématiques sont abordées avec pour but d’informer, de sensibiliser. Une scène par exemple montre un conspirationniste qui remet en cause le réchauffement climatique être complètement tourné au ridicule. Une façon pour Anne Edmond de représenter tout le monde, tous les rouages de cette catastrophe qui nous attend, non sans une certaine tendresse :

“Je trouve que nous, les humains, on est complétement stupide à bien des niveaux, mais je nous aime quand même. J’ai un regard très tendre, même pour les conspirationnistes.”

Une façon de dire, non pas seulement aux personnes responsables ou éveillées, mais bien à l’humanité entière que, oui, l’humain est-ce qu’il est, mais si l'on en prend conscience on peut tous changer la donne. Ce n’est plus une question de vertu, c’est de la survie.

“Adam est en dépression”

Outre les deux grandes thématiques présentes dans le titre, le film traite aussi grandement de la dépression et de la santé mentale en général. D’ailleurs, quand on a demandé à Patrick Hivon quelques mots pour décrire le film, il a tout de suite dit : “Adam est en dépression”. Cette dépression comporte plusieurs facteurs, comme pour parler aux différents spectateurs de ce mal qui devient le fléau de notre génération.

Evidemment, l’éco-anxiété prend une grande part, mais ce n’est pas tout. Son entourage est complètement hermétique à ce genre de souffrance, ce qui enferme Adam dans sa ruine. Cela est mis en avant dans plusieurs scènes entre lui et son père. Patrick Hivon nous parle de ce décalage générationnel :

“Le père d'Adam n'est clairement pas du genre à lui dire 'Je t’aime' et pourtant il en aurait eu bien besoin, ça reflète bien l’écart aujourd’hui entre deux générations. [...] Je ne sais pas ici [en France], mais au Québec ça ne fait pas longtemps qu’on est sorti du 'terroir', on était plutôt 'en mode survie' et on n'avait pas le temps de se poser toutes ces questions sur la santé mentale.”
La lampe de luminothérapie d'Adam
La lampe de luminothérapie d'Adam © L'Atelier Distribution

Il est vrai qu’aujourd’hui le sujet de la santé mentale est bien moins tabou qu’il n’a pu l’être par le passé, les langues se délient et les maux sont reconnus. Au-delà des symptômes dépressifs, on reconnaît aussi plus facilement les symptômes de certains troubles mentaux (borderline, autisme, bipolarité, TDAH…). Dans le film, on comprend qu'Adam est neuro-atypique, mais ce n’est jamais dit explicitement. Surtout, ce n’est jamais pris en compte par son entourage, il est simplement vu comme “bizarre” : un fardeau dans lequel beaucoup de spectateurs diagnostiqués tardivement se reconnaîtront. Anne Emond évoque cette divergence de point de vue :

“Si je devais diagnostiquer Adam, je dirais dépressif hypersensible sur le spectre de l’autisme haut-fonctionnel, et pour autant, dans une autre forme de société, on pourrait simplement dire : 'Oh il est un peu sensible, Adam'.”

Cependant, ce constat est également mis en relief. Effectivement, Adam est vu comme atypique, mais il évolue dans un monde qu’il ne reconnaît plus, qu’il a appris à craindre. N’est-ce pas plutôt ces changements qui l'ont décorrélé de son environnement ? L’histoire d’Adam et de tous les personnages qu’il croise dans Amour Apocalypse pose tout un tas de questions sur l’identité et la société, dont celle qu’Anne Edmond nous a fait part durant notre interview :

“Est-ce que nos systèmes n’essayent pas trop de nous catégoriser et nous rendent alors aussi atypiques ?”

En somme, les thématiques d’Amour Apocalypse sont nombreuses et surtout plus que jamais d’actualité. Qui que vous soyez, vous vous trouverez sûrement une résonance avec le film, que ce soit en termes de valeur, d’identité ou d’empirisme. D’ailleurs, Anne Emond elle-même nous a fait part d’un témoignage d’une spectatrice en ce sens :

“Une jeune femme est venue me voir et m’a dit : 'Je ne pensais pas qu’en tant que jeune femme de 25 ans je puisse m’identifier à un homme blanc hétéro de 45 ans'.”

Amour Apocalypse est à retrouver en salle de cinéma dès ce mercredi 21 janvier.

Martin Senecal
https://twitter.com/diaseptyl Martin Senecal Rédacteur